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Service citoyen, expression d’attentes de reconnaissance

Numéro 1 Janvier 2012 par Céline Tignol

janvier 2012

Le phi­lo­sophe alle­mand Axel Hon­neth a mon­tré que l’ex­pé­rience indi­vi­duelle du déni de recon­nais­sance peut débou­cher sur une prise de conscience du carac­tère col­lec­tif des bles­sures sociales et se trans­for­mer en résis­tance poli­tique. Le pro­jet d’un ser­vice citoyen et son appro­pria­tion peuvent être com­pris à la lumière de la théo­rie de la recon­nais­sance déve­lop­pée par Axel Hon­neth et à la lumière de ses enjeux éthiques.

« Je trouve que les jeunes doivent être enga­gés au sein de la population,
et s’ils contri­buaient à la cohé­sion sociale…» (Syl­via).
« Il faut s’aider — sinon la socié­té va s’écrouler » (Camille).
« Per­son­nel­le­ment je ne peux pas chan­ger le monde, mais je suis un petit peu
comme un caillou dans l’eau, ou dans une mare, ou dans une flaque… —,
ça fait des ondu­la­tions qui aug­mentent de plus en plus » (Alexandre)1.

Lorsque l’on entend les témoi­gnages des jeunes ayant par­ti­ci­pé au pro­jet pilote du ser­vice citoyen et que l’on s’informe des objec­tifs affir­més par ses pro­mo­teurs, nous pou­vons être sur­pris par la pré­sence du thème de la recon­nais­sance. Il se trouve en effet décli­né à dif­fé­rents niveaux. Dans l’expérience vive des jeunes, d’abord, lorsqu’ils témoignent de leur vie dans leur orga­nisme d’accueil (« L’équipe du centre compte sur moi et, quand je ne viens pas, les rési­dents me réclament. Mon tra­vail est vrai­ment appré­cié. Tout le monde est content de moi. » « C’est valo­ri­sant et tout ce qu’on nous donne nous revient puis­sance mille. » « J’avais besoin de me sen­tir utile aux autres. ») Et éga­le­ment lorsqu’ils évoquent leur temps de for­ma­tion (« Les contacts avec le groupe de volon­taires m’ont réap­pris à faire confiance aux autres. ») Des enjeux en termes de recon­nais­sance se retrouvent encore dans les objec­tifs expli­cites de la mise en place de ce dis­po­si­tif, per­çu comme un pro­jet de socié­té qui ren­force la soli­da­ri­té et l’engagement. La soli­da­ri­té pour­rait en effet se carac­té­ri­ser comme recon­nais­sance de la valeur des par­ti­cu­la­ri­tés indi­vi­duelles en vue de la par­ti­ci­pa­tion aux fins col­lec­tives, et la pos­si­bi­li­té de l’engagement — et de la col­la­bo­ra­tion — lui est intri­quée. Enfin, face à ces enjeux — celui d’un déve­lop­pe­ment per­son­nel arti­cu­lé à une impli­ca­tion sociale, du « construire et se construire » —, le ser­vice citoyen sur son site (« Prin­cipes fon­da­men­taux pour un ser­vice citoyen ») rap­pelle une res­pon­sa­bi­li­té sociale : celle de « trans­mettre aux jeunes l’envie de vivre en socié­té et de par­ti­ci­per à sa construc­tion ». Il se pré­sente ain­si comme un pro­jet en tant que tel qui enga­ge­rait l’exercice de cette res­pon­sa­bi­li­té (sans pré­tendre lui suf­fire) et en appelle à une recon­nais­sance juridique.

un projet de société

L’objectif le plus mani­feste de la Pla­te­forme de pro­mo­tion du ser­vice citoyen est en effet que celui-ci puisse deve­nir un « temps recon­nu et valo­ri­sé », dont la recon­nais­sance serait attes­tée par l’obtention d’un cer­ti­fi­cat valo­ri­sant les savoirs et com­pé­tences déve­lop­pés et par l’acquisition d’un sta­tut juri­dique pour les jeunes en « ser­vice citoyen » (droits, avan­tages, sécu­ri­té sociale, assu­rance, etc.). Ce nou­veau sta­tut sup­pose aus­si que « l’expérience devra […] faire l’objet d’une valo­ri­sa­tion per­ma­nente par l’ensemble des acteurs de notre socié­té, tant pri­vés que publics ». Le ser­vice citoyen est bien un pro­jet de socié­té qui implique déjà une diver­si­té d’organisations, de sym­pa­thi­sants et d’acteurs poli­tiques, et qui en appelle tout à la fois à une recon­nais­sance en termes juri­diques et en termes d’estime sociale (valo­ri­sa­tion de l’expérience qu’auront acquise les jeunes). Le dis­po­si­tif ren­voie donc à la thé­ma­tique de la recon­nais­sance à dif­fé­rents niveaux, y com­pris à un niveau réflexif ; il s’agit de faire recon­naitre juri­di­que­ment un dis­po­si­tif dont la par­ti­cu­la­ri­té est de pro­mou­voir une forme de recon­nais­sance consi­dé­rée comme capi­tale aujourd’hui pour le déve­lop­pe­ment per­son­nel des jeunes, et indis­so­cia­ble­ment pour la pour­suite — et pour les condi­tions d’une pour­suite — de valeurs sociales partagées.

Plu­sieurs angles de lec­ture et d’analyse sont évi­dem­ment indis­pen­sables, et plu­sieurs types d’arguments peuvent être avan­cés pour défendre que ce pro­gramme, comme l’affirme Fran­çois Ron­veaux, le direc­teur de la pla­te­forme, « est néces­saire aujourd’hui et qu’il faut une loi pour le cadrer ». Je me pro­pose ici de mettre l’accent, à par­tir de la pers­pec­tive d’une phi­lo­so­phie sociale, sur un besoin social ou sur des attentes que le ser­vice citoyen est sus­cep­tible de ren­con­trer. J’aurai pour objec­tif prin­ci­pal de pro­po­ser quelques pistes pour com­prendre la lisi­bi­li­té du ser­vice citoyen et ain­si son appro­pria­tion poten­tielle, tant par les jeunes impli­qués dans le dis­po­si­tif que par l’ensemble des acteurs de notre socié­té. Mon hypo­thèse est que le ser­vice citoyen peut se com­prendre comme l’expression d’attentes de recon­nais­sance, comme répon­dant à un besoin de recon­nais­sance qui porte une exi­gence de se voir satis­fait socia­le­ment, ou comme une forme — avec le voca­bu­laire d’Axel Hon­neth — de « lutte pour la recon­nais­sance » qui sou­tient de puis­sants enjeux démocratiques.

Axel honneth et les attentes de reconnaissance

Quelques traits mar­quants de la phi­lo­so­phie sociale d’Axel Hon­neth (suc­ces­seur de Jür­gen Haber­mas à la direc­tion de l’Institut de recherche sociale de Franc­fort) vont me per­mettre de déve­lop­per cette hypo­thèse. Pour cet auteur, la recon­nais­sance est fon­da­men­tale sur un plan anthro­po­lo­gique. Le besoin de recon­nais­sance — et les attentes de recon­nais­sance qui lui sont conco­mi­tantes — est une carac­té­ris­tique fon­da­men­tale des êtres sociaux que nous sommes. Cette thèse peut s’appuyer sur une théo­rie de la consti­tu­tion de l’identité ; pour Axel Hon­neth — tout comme pour cer­tains psy­cho­logues sociaux des­quels il s’inspire —, l’identité per­son­nelle, ou l’identité pra­tique, se construit dans l’interaction avec autrui2. Ain­si le rap­port pra­tique à soi — ou la per­cep­tion que nous avons de nos propres actes — est indis­so­ciable de la per­cep­tion qu’a autrui de ces actes, ou de la « valeur sociale » qu’il leur octroie.

Cette pers­pec­tive se retrouve dans l’argumentation du délé­gué géné­ral aux droits de l’enfant, Ber­nard Devos : « À force d’être taxés d’incapables, de pares­seux, de délin­quants ou de dan­gers poten­tiels, les jeunes finissent par se voir, se res­sen­tir à tra­vers le prisme du sté­réo­type. L’expérience d’un ser­vice civil bien conçu per­met­trait sans aucun doute de prendre une dis­tance par rap­port à ces cli­chés ». Pour Axel Hon­neth, puisque le rap­port pra­tique à soi est dépen­dant du regard d’autrui, nous ne pou­vons pré­tendre à une auto­no­mie pra­tique (à une « capa­ci­té d’agir dans le monde social en pour­sui­vant des objec­tifs propres ») qu’à condi­tion d’être sou­te­nus, confir­més, for­ti­fiés socia­le­ment par des rap­ports de recon­nais­sance mutuelle. L’autonomie pra­tique repose sur des condi­tions sociales de pos­si­bi­li­té ; autre­ment dit, une liber­té concrète n’est pas pos­sible sans sup­port social favo­rable, sans envi­ron­ne­ment pro­pice dans l’interaction avec autrui, ou sans condi­tions inter­sub­jec­tives qui per­mettent l’exercice de cette liber­té. La recon­nais­sance repré­sen­te­ra alors pour Axel Hon­neth une exi­gence morale et un cri­tère pour dénon­cer l’indécence de cer­tains rap­ports sociaux ou fonc­tion­ne­ments socié­taux lorsqu’ils pro­duisent du mépris social. Nous pou­vons voir déjà que la notion de recon­nais­sance per­met ain­si d’articuler le rap­port à soi-déve­lop­pe­ment per­son­nel (ou réa­li­sa­tion de soi et pos­si­bi­li­té de pour­suivre dans son envi­ron­ne­ment social des fins que l’on estime bonnes et sou­hai­tables) avec la néces­si­té de cadres rela­tion­nels, sociaux, légaux, qui sont les condi­tions de pos­si­bi­li­té d’un rap­port posi­tif à soi et à autrui, et qui peuvent deve­nir des enjeux col­lec­tifs à part entière.

Dans les témoi­gnages de ceux qui ont expé­ri­men­té le dis­po­si­tif du ser­vice citoyen, nous retrou­vons plu­sieurs élé­ments révé­lant ce lien entre rap­port à soi renou­ve­lé et enga­ge­ment social (« Le ser­vice citoyen a été un trem­plin pour moi. Je suis sor­ti d’une période d’échec et d’oisiveté » « Les ani­ma­tions avec des enfants pla­cés ou des enfants réfu­giés m’ont per­mis de m’ouvrir à des pro­blèmes sociaux que j’ignorais com­plè­te­ment »). Il semble bien qu’en expé­ri­men­tant des rap­ports de recon­nais­sance mutuelle dans des cercles res­treints (un orga­nisme d’accueil en par­ti­cu­lier, le groupe des jeunes en ser­vice citoyen), les jeunes ont la pos­si­bi­li­té d’en faire le moteur d’un enga­ge­ment pour une soli­da­ri­té plus élar­gie. De plus, il appa­rait qu’ils ont bien conscience de ren­con­trer des besoins sociaux (« Il faut s’aider, sinon la socié­té va s’écrouler »). Comme en témoigne Fran­çois Ron­veaux, les jeunes « se sont vu pro­po­ser des mis­sions et for­ma­tions qui ont contri­bué à leur inté­gra­tion dans la socié­té — et ils l’expriment. À savoir que se rendre utile, avoir une place dans la socié­té qui est recon­nue, légi­ti­mée, contri­bue à une spi­rale ver­tueuse qui remet en connexion avec cette socié­té. Phy­si­que­ment et psy­chi­que­ment, entre le début et la fin du ser­vice citoyen, cela se voyait sur les jeunes ; que ce soit dans leur regard, dans leurs expres­sions, dans des choses qu’ils ont exprimées ».

Avec Axel Hon­neth, nous allons main­te­nant mieux pré­ci­ser ce que l’on entend par recon­nais­sance, com­ment elle se mani­feste, et pour­quoi elle est sus­cep­tible de repré­sen­ter une exi­gence ou un besoin social. Nous ver­rons éga­le­ment, tou­jours avec Hon­neth, com­ment les attentes de recon­nais­sance peuvent s’exprimer dans une « lutte pour la recon­nais­sance » et dans des « séman­tiques col­lec­tives» ; le ser­vice citoyen pour­rait bien être l’une de ces séman­tiques. Enfin, nous nous inté­res­se­rons à un ver­sant plus poli­tique de la théo­rie de la recon­nais­sance, par rap­port auquel le ser­vice citoyen pour­rait trou­ver encore tout son sens.

Identité et autonomie

La recon­nais­sance est défi­nie par Axel Hon­neth et Nan­cy Fra­ser (une autre théo­ri­cienne de la recon­nais­sance et de la jus­tice sociale) dans leur ouvrage com­mun, comme « rela­tion réci­proque idéale dans laquelle cha­cun des sujets voit l’autre comme son égal et comme dif­fé­rent de lui, cette rela­tion étant consti­tu­tive de la sub­jec­ti­vi­té ; cha­cun ne devient sujet indi­vi­duel qu’en ver­tu de la recon­nais­sance d’un autre et par un autre sujet ». La recon­nais­sance est donc un rap­port inter­sub­jec­tif consti­tuant pour le sujet indi­vi­duel (à la fois égal et dif­fé­rent des autres sujets indi­vi­duels), por­teur d’une exi­gence de réci­pro­ci­té sur fond de dépen­dance mutuelle. En effet, être recon­nu comme sujet indi­vi­duel sup­pose de recon­naitre ceux qui nous recon­naissent, et ce n’est qu’à par­tir de la recon­nais­sance que nous accorde autrui que nous pou­vons nous recon­naitre nous-même comme sujet individuel.

Pour Axel Hon­neth, la recon­nais­sance com­porte une dimen­sion affec­tive et maté­rielle : c’est-à-dire qu’elle engage direc­te­ment nos sen­ti­ments et nos émo­tions, et qu’elle passe par une série de moyens qui vont bien au-delà du lan­gage arti­cu­lé ; elle s’exprime par la ges­tuelle, les expres­sions du corps et du visage, et concerne jusqu’à l’organisation des espaces phy­siques. La recon­nais­sance, selon Hon­neth, « devrait être com­prise comme le carac­tère géné­rique des dif­fé­rentes formes prises par une atti­tude pra­tique dont l’intention pre­mière consiste en une cer­taine affir­ma­tion du par­te­naire d’interaction » (Hon­neth, 2006a). Elle nous per­met de nous inté­res­ser aux condi­tions sociales de l’autonomie indi­vi­duelle car « de telles atti­tudes affir­ma­tives [les rela­tions de recon­nais­sance] ont clai­re­ment un carac­tère posi­tif car elles per­mettent aux des­ti­na­taires de s’identifier à leurs propres qua­li­tés et d’accéder ain­si à davan­tage d’autonomie » (Hon­neth, 2006a). La « per­cep­tion » comme recon­nais­sance ne ren­voie donc pas à une connais­sance ou à une iden­ti­fi­ca­tion en un sens visuel ou phy­sique ; elle désigne plu­tôt quelque chose de l’ordre de ce qui confère une exis­tence sociale : « Alors que par “connais­sance” d’une per­sonne nous enten­dons expri­mer son iden­ti­fi­ca­tion en tant qu’individu — iden­ti­fi­ca­tion qui peut être gra­duel­le­ment amé­lio­rée —, par “recon­nais­sance” nous enten­dons un acte expres­sif par lequel cette connais­sance est octroyée avec le sens posi­tif d’une affir­ma­tion. Contrai­re­ment à la connais­sance, qui est un acte cog­ni­tif non public, la recon­nais­sance dépend de médiums qui expriment le fait que l’autre per­sonne est cen­sée pos­sé­der une “valeur” sociale » (Hon­neth, 2006b).

reconnaissance et Justice sociale

Tra­vailler une théo­rie de la recon­nais­sance fait par­tie inté­grante du pro­jet d’Axel Hon­neth d’élaborer une théo­rie cri­tique de la socié­té qui pour­ra prendre son point de départ dans les attentes impli­cites — qui s’explicitent lorsqu’elles ne sont pas ren­con­trées — que les indi­vi­dus adressent à autrui et à la socié­té. Lorsque ces attentes sont déçues, elles peuvent encore se vivre comme expé­riences de l’injustice. S’intéresser à l’expérience du déni de recon­nais­sance, pour Hon­neth, c’est donc éla­bo­rer — par le néga­tif, par l’expérience de sa néga­tion ou par l’expérience de l’injustice — une théo­rie de la jus­tice sociale, ou une théo­rie des condi­tions uni­ver­selles de pos­si­bi­li­té de la pour­suite indi­vi­duelle et col­lec­tive de fins éthiques (que cha­cun puisse pour­suivre une vie qu’il esti­me­rait bonne et sou­hai­table). Mais encore, pour Emma­nuel Renault, prendre pour point de départ l’expérience des vic­times de dénis de recon­nais­sance pour repen­ser notre com­pré­hen­sion de la jus­tice sociale per­met­trait de contrer la dépo­li­ti­sa­tion, ou l’écart qui se creuse entre l’expérience vive des indi­vi­dus et le plan de la poli­tique ins­ti­tu­tion­nelle (Renault, 2001). D’après Axel Hon­neth, les indi­vi­dus ne peuvent réagir de manière affec­ti­ve­ment neutre à l’expérience du déni de recon­nais­sance qui les implique dans leur iden­ti­té pra­tique. Ils sont ain­si sus­cep­tibles d’entrer dans des « luttes pour la recon­nais­sance » qui peuvent mener à un élar­gis­se­ment quan­ti­ta­tif (plus de per­sonnes recon­nues) et à un appro­fon­dis­se­ment qua­li­ta­tif (plus d’aspects de l’identité recon­nus) des rela­tions de recon­nais­sance mutuelle. Il pro­pose ain­si une lec­ture du déve­lop­pe­ment des socié­tés modernes en termes d’expression d’attentes de recon­nais­sance et de luttes menées en vue d’instaurer les condi­tions sociales de la recon­nais­sance mutuelle.

La réflexion d’Axel Hon­neth est aujourd’hui reçue et dis­cu­tée notam­ment en psy­cho­lo­gie et socio­lo­gie du tra­vail, en socio­lo­gie des vio­lences urbaines, et en psy­cho­lo­gie sociale plus géné­ra­le­ment sur le thème de la souf­france sociale — « un cer­tain type d’expérience sociale néga­tive dans laquelle la dimen­sion sub­jec­tive de l’expérience est indis­so­ciable du contexte social dans lequel s’insère ce vécu » (Renault, 2001). Mais pour­quoi la pré­oc­cu­pa­tion pour la recon­nais­sance est-elle deve­nue si impor­tante actuel­le­ment ? Pour Hon­neth, cette notion per­met­trait une « meilleure sai­sie des sources moti­va­tion­nelles du mécon­ten­te­ment et de la résis­tance sociale » (Fra­ser et Hon­neth, 2003).

Charles Tay­lor, dans Mul­ti­cul­tu­ra­lisme. Dif­fé­rence et démo­cra­tie, donne encore quelques élé­ments de réflexion pour com­prendre les chan­ge­ments his­to­riques « dont la conjonc­tion a ren­du inévi­table la pré­oc­cu­pa­tion moderne d’identité et de recon­nais­sance ». Il iden­ti­fie par­ti­cu­liè­re­ment deux modi­fi­ca­tions his­to­riques impor­tantes pour com­prendre notre pré­oc­cu­pa­tion pour la recon­nais­sance : la pre­mière est l’effondrement des hié­rar­chies sociales qui repo­saient sur l’honneur et qui jus­ti­fiaient les inéga­li­tés de sta­tut (« pour que cer­tains aient de l’honneur, il est essen­tiel que tous n’en soient pas dotés »), au pro­fit d’une notion moderne, uni­ver­sa­liste, éga­li­taire et démo­cra­tique de « digni­té ». La seconde est l’émergence, notam­ment avec Jean-Jacques Rous­seau, d’une iden­ti­té « indi­vi­dua­li­sée » (propre à moi-même et que je découvre en moi-même) por­teuse d’un idéal moral d’authenticité (« être fidèle à moi-même et à ma propre manière d’être »). Pour Charles Tay­lor, la vie humaine est essen­tiel­le­ment et consti­tu­ti­ve­ment dia­lo­gique (c’est l’interaction avec d’autres — ou au moins avec « ceux des autres qui nous touchent » — qui nous per­met de nous défi­nir). Mais il fal­lait que la recon­nais­sance appa­raisse comme un pro­blème pour faire l’objet d’une pré­oc­cu­pa­tion. Ain­si, pour Charles Tay­lor, « ce qui est appa­ru avec l’époque moderne n’est pas le besoin de recon­nais­sance, mais les condi­tions dans les­quelles la ten­ta­tive, pour être recon­nue [pour que l’identité per­son­nelle soit recon­nue], peut échouer3 ». Nous pou­vons donc sou­te­nir avec Charles Tay­lor que c’est l’apparition de la pos­si­bi­li­té accrue de dénis de recon­nais­sance, avec les dom­mages impor­tants qui les accom­pagnent, qui ont pro­duit une pré­oc­cu­pa­tion pour la reconnaissance.

Trois modes de reconnaissance

Fai­sons encore un pas de plus pour entrer dans la com­pré­hen­sion de ce qu’Axel Hon­neth entend par recon­nais­sance, et ain­si pour pré­ci­ser les dif­fé­rents niveaux aux­quels elle peut se décli­ner dans le ser­vice citoyen. Notre auteur observe sa dif­fé­ren­cia­tion en trois modes, en trois formes ou en trois « sché­mas d’approbation » dans les socié­tés modernes — qui cor­res­pondent à trois types d’expériences néga­tives du mépris, de la pri­va­tion ou du déni de recon­nais­sance. Ces trois modes idéaux, qui sont sus­cep­tibles d’évoluer en pra­tique, sont l’amour, le droit et la soli­da­ri­té. Cha­cun rend pos­sible un cer­tain type de rap­port à soi.

L’amour, ou la sol­li­ci­tude mutuelle, est en jeu dans les rela­tions fami­liales, amou­reuses et ami­cales, et implique des liens affec­tifs entre un nombre res­treint de per­sonnes. C’est le pre­mier niveau de la recon­nais­sance réci­proque, « parce que les sujets s’y confirment mutuel­le­ment dans leurs besoins concrets, donc comme des êtres néces­si­teux » (Hon­neth, 2007). Le mode de recon­nais­sance qu’est l’amour repré­sente pour Hon­neth une « strate fon­da­men­tale de sécu­ri­té émo­tion­nelle » qui per­met à l’individu de mani­fes­ter ses besoins concrets et qui intro­duit un rap­port à soi en termes de confiance en soi. Mais encore, ce mode de recon­nais­sance — et le type de rap­port à soi qui l’accompagne — est condi­tion des deux suivants.

Le droit com­porte lui aus­si une forme de réci­pro­ci­té, puisque nous ne nous appré­hen­dons comme por­teurs de droits qu’en ayant éga­le­ment connais­sance de nos obli­ga­tions ou de nos devoirs envers autrui. Dans la rela­tion juri­dique, les sujets se recon­naissent mutuel­le­ment comme mora­le­ment res­pon­sables. Mais si la rela­tion juri­dique porte une pré­ten­tion à l’universalité, elle est aus­si le lieu, pour Hon­neth, d’une lutte pour la recon­nais­sance dès lors qu’est récla­mée une mise en œuvre qui tient compte de la par­ti­cu­la­ri­té des situa­tions. Depuis la nais­sance du droit moderne, il y a eu des évo­lu­tions : « Le sujet, quand il se trouve recon­nu juri­di­que­ment, n’est plus seule­ment res­pec­té dans sa facul­té abs­traite d’obéir à des normes morales, mais aus­si dans la qua­li­té concrète qui lui assure le niveau de vie sans lequel il ne pour­rait exer­cer cette pre­mière capa­ci­té » (Hon­neth, 2007). Enfin, le droit, à voca­tion éga­li­taire, ren­voie au déve­lop­pe­ment d’une capa­ci­té à se rap­por­ter à soi-même comme per­sonne mora­le­ment res­pon­sable, ou encore au res­pect de soi.

La soli­da­ri­té, ou l’estime sociale, est la forme de recon­nais­sance actuel­le­ment la plus exi­geante. Elle est recon­nais­sance de la valeur des par­ti­cu­la­ri­tés indi­vi­duelles en vue de la par­ti­ci­pa­tion aux fins col­lec­tives et intro­duit un rap­port à soi en termes d’estime de soi, ou de « sen­ti­ment de confiance quant aux pres­ta­tions qu’on assure ou aux capa­ci­tés qu’on pos­sède, dont on sait qu’elles ne sont pas dépour­vues de valeur aux yeux des autres membres de la socié­té » (Hon­neth, 2007). Les tra­vaux sur la dis­cri­mi­na­tion (sexiste, raciste, géné­ra­tion­nelle) peuvent s’intéresser aujourd’hui à cette forme de recon­nais­sance, ain­si qu’à la recon­nais­sance juridique.

Cha­cun de ces modes posi­tifs de recon­nais­sance cor­res­pond à des modes du déni de recon­nais­sance, qui « menacent de rui­ner l’identité de la per­sonne tout entière » (Hon­neth, 2007); le pre­mier porte atteinte à l’intégrité phy­sique de l’être humain. Le second se décèle dans les expé­riences d’humiliation qui affectent le res­pect de soi lorsqu’un sujet se trouve struc­tu­rel­le­ment exclu de cer­tains droits au sein d’une socié­té4, et le troi­sième repré­sente un juge­ment néga­tif (ou « regard de déni­gre­ment ») por­té sur la valeur sociale de cer­tains groupes ou indi­vi­dus ; il attente à la pos­si­bi­li­té d’une réa­li­sa­tion de soi dans l’horizon cultu­rel d’une société.

Nous avons com­men­cé par voir que la recon­nais­sance pou­vait intui­ti­ve­ment être décli­née à dif­fé­rents niveaux dans le dis­po­si­tif de ser­vice citoyen. Avec la dif­fé­ren­cia­tion qu’introduit Axel Hon­neth, nous pou­vons sou­te­nir que la recon­nais­sance, dans le ser­vice citoyen, implique cen­tra­le­ment le plan de la soli­da­ri­té ou de l’estime sociale. Le ser­vice citoyen s’adresse éga­le­ment au plan du droit et de la rela­tion juri­dique (obten­tion d’un sta­tut juri­dique pour les jeunes en ser­vice citoyen), et encore à celui de la sol­li­ci­tude mutuelle (l’amitié qui peut se déve­lop­per entre les jeunes lors des temps de matu­ra­tion, la rela­tion du jeune à son tuteur, qui l’accompagne au quo­ti­dien pen­dant son temps de ser­vice citoyen dans son orga­nisme d’accueil et qui est sus­cep­tible de l’aider à résoudre des dif­fi­cul­tés per­son­nelles). Mais encore, le ser­vice citoyen lu à tra­vers le prisme de la notion de recon­nais­sance appa­rait comme un dis­po­si­tif qui engage pra­ti­que­ment dif­fé­rents modes de la recon­nais­sance, et qui les consti­tue expli­ci­te­ment comme enjeux. Il se pré­sente comme l’une des réponses aux besoins de recon­nais­sance, et il exprime ces besoins. Son impact pra­tique, sa forme réflexive et le voca­bu­laire dont il est por­teur peuvent nous per­mettre de com­prendre que le ser­vice citoyen puisse ren­con­trer des attentes fon­da­men­tales, et qu’il puisse faire l’objet d’une appro­pria­tion active. Mais voyons main­te­nant plus pré­ci­sé­ment com­ment nous pour­rions com­prendre ce dis­po­si­tif comme expres­sion d’une lutte pour la recon­nais­sance. Voyons encore en quoi il pour­rait nous indi­quer quelques pistes pour éclai­rer une dimen­sion poli­tique de la reconnaissance.

Les enjeux collectifs

Les luttes pour la recon­nais­sance — ou les mou­ve­ments de reven­di­ca­tion pour l’élargissement et l’approfondissement des rap­ports de recon­nais­sance mutuelle — peuvent se consti­tuer dans les socié­tés modernes, selon Hon­neth, à par­tir des deux modes de recon­nais­sance que sont le droit et la soli­da­ri­té. Contrai­re­ment au mode de recon­nais­sance qu’est l’amour, ceux-ci sont sus­cep­tibles de se consti­tuer en véri­tables enjeux col­lec­tifs, géné­ra­li­sables au-delà de rela­tions par­ti­cu­lières (des évo­lu­tions de ces deux modes pour­ront tou­te­fois avoir un effet sur le pre­mier). Nous l’avons vu : pour Hon­neth, les indi­vi­dus ne peuvent res­ter affec­ti­ve­ment neutres à l’expérience du déni de recon­nais­sance, et cette expé­rience est sus­cep­tible de les conduire à une « lutte poli­ti­co-morale » pour la recon­nais­sance. Quels outils Hon­neth donne-t-il pour com­prendre ce processus ?

Les indi­vi­dus, por­teurs d’attentes impli­cites de recon­nais­sance vis-à-vis de leurs par­te­naires d’interaction et vis-à-vis du cadre social dans lequel ils évo­luent, éprouvent des émo­tions néga­tives (la honte, l’indignation, la colère) lorsque leur est refu­sée une recon­nais­sance néces­saire à l’exercice de leur auto­no­mie. Ces émo­tions sont bien d’abord sus­ci­tées par une situa­tion d’interaction et par le fait qu’un besoin n’est pas rem­pli (elles sont « les réac­tions affec­tives au suc­cès ou à l’insuccès de nos inten­tions » — Hon­neth, 2007). Les émo­tions néga­tives sont donc un symp­tôme qui peut infor­mer l’individu de ce qu’une recon­nais­sance qui lui est pour­tant néces­saire lui est refu­sée. Mais ce pre­mier moment ne suf­fit pas pour que l’individu puisse faire face à ce déni de recon­nais­sance. Il faut encore qu’il expli­cite le « poten­tiel cog­ni­tif » que recèlent ses émo­tions ; c’est-à-dire qu’il prenne conscience du fait que cer­taines de ses attentes fon­da­men­tales ont été déçues, et que cette décep­tion est l’effet de causes sociales. Mais ce deuxième moment — celui de l’expérience de l’injustice — ne suf­fit pas non plus pour que se consti­tue une lutte pour la recon­nais­sance ; il faut encore qu’il y ait pas­sage au col­lec­tif pour que des « bles­sures sociales » ou des « expé­riences néga­tives du social » puissent four­nir le motif d’une « résis­tance poli­tique ». Pour que ce pas­sage puisse s’effectuer, cela sup­pose, pour Hon­neth, « que l’expérience du mépris […] puisse s’articuler sur un mou­ve­ment social déjà consti­tué » (Hon­neth, 2007). Et ce qui déter­mine la pos­si­bi­li­té de cette arti­cu­la­tion, c’est la for­mu­la­tion et l’interprétation de l’expérience du déni de recon­nais­sance au sein d’une « séman­tique collective ».

Celle-ci se défi­nit pour Hon­neth comme « un cadre d’interprétation inter­sub­jec­tif qui les iden­ti­fie [les sen­ti­ments du déni de recon­nais­sance] comme typiques d’un groupe tout entier » (Hon­neth, 2007). Elle per­met­trait « d’interpréter les décep­tions per­son­nelles comme quelque chose qui n’affecte pas seule­ment le moi indi­vi­duel, mais aus­si de nom­breux autres sujets » (Hon­neth, 2007). Ces séman­tiques sont pour Hon­neth ame­nées par des « idées morales » capables d’enrichir notre vision de la com­mu­nau­té sociale ; ces der­nières annoncent de nou­velles rela­tions de recon­nais­sance, en même temps qu’elles mani­festent « les causes sociales res­pon­sables des bles­sures indi­vi­duelles » (Hon­neth, 2007). Les mou­ve­ments col­lec­tifs doivent encore être effec­ti­ve­ment tour­nés vers une réso­lu­tion de la situa­tion pro­blé­ma­tique ou encore expli­ci­ter le « poten­tiel moral » de la recon­nais­sance. Nous voyons dès lors que la recon­nais­sance comme visée peut ser­vir de cri­tère pour dis­cri­mi­ner dif­fé­rentes réac­tions au déni de recon­nais­sance (qui pour­raient tout aus­si bien conduire à des dénis repor­tés sur autrui).

Le service citoyen : vers une politique de la reconnaissance

Reve­nons au ser­vice citoyen : nous avons pu le com­prendre comme l’expression d’attentes de recon­nais­sance ou comme répon­dant à un besoin de recon­nais­sance (et avant tout du mode de recon­nais­sance qu’est la soli­da­ri­té). Nous pou­vons encore le com­prendre comme l’expression d’une lutte pour la recon­nais­sance, et par­ti­cu­liè­re­ment dans le moment « séman­tique » de sa consti­tu­tion. C’est-à-dire que le ser­vice citoyen, por­teur d’une vision enri­chie de la com­mu­nau­té sociale, est sus­cep­tible de tra­vailler sur la signi­fi­ca­tion que nous pou­vons don­ner aux expé­riences du déni de recon­nais­sance — qui concerne les jeunes, mais pas uni­que­ment. Cepen­dant, plu­tôt que se conten­ter de four­nir un cadre d’interprétation à l’expérience néga­tive du déni de recon­nais­sance, ce dis­po­si­tif sug­gère bien plu­tôt des pistes concrètes, qui peuvent être tra­vaillées conjoin­te­ment (pas seule­ment à par­tir de l’expérience des jeunes, mais aus­si à par­tir d’une res­pon­sa­bi­li­té sociale plus éten­due), pour annon­cer posi­ti­ve­ment des rap­ports de recon­nais­sance réci­proque qui seraient plus satisfaisants.

Plu­sieurs lec­teurs d’Axel Hon­neth ont sou­le­vé la néces­si­té d’une poli­tique de la recon­nais­sance (Deran­ty et Renault, 2007). Hon­neth, quant à lui, main­tient une atti­tude agnos­tique envers les poli­tiques concrètes et tient à se réser­ver la pos­ture d’un ana­lyste des res­sorts moraux très géné­raux de la conflic­tua­li­té sociale. Mais le cadre « for­mel » de la recon­nais­sance (« seules les condi­tions sociales de la réa­li­sa­tion de soi sont cen­sées rece­voir une élu­ci­da­tion nor­ma­tive, et non les buts mêmes liés à ces accom­plis­se­ments ») sera-t-il entiè­re­ment satis­fai­sant ? (Hon­neth, 2006c). Rap­pel­le­rait-il — et cette ques­tion méri­te­rait d’être trai­tée à part entière — cer­taines exi­gences spé­ci­fiques des jeunes face au dis­po­si­tif du ser­vice citoyen ? Et en se conten­tant d’indiquer une exi­gence de réci­pro­ci­té dans les rap­ports de recon­nais­sance, Hon­neth prend-il suf­fi­sam­ment en compte les rap­ports de pou­voir et le carac­tère contrai­gnant des ins­ti­tu­tions ? Per­met-il véri­ta­ble­ment d’envisager la diver­si­té des contextes cultu­rels et sociaux ? Quelle que soit l’issue de ces réflexions, il semble bien que nous ayons ici, avec le ser­vice citoyen, un exemple très concret d’un pro­jet de socié­té qui se laisse com­prendre au prisme de la recon­nais­sance et qui pour­rait bien enga­ger une poli­tique de la recon­nais­sance. Son éla­bo­ra­tion, son déve­lop­pe­ment et ses effets pour­ront cer­tai­ne­ment être por­teurs d’une réflexion renou­ve­lée pour une éthique de la reconnaissance.

  1. Extraits du DVD de pré­sen­ta­tion du ser­vice citoyen.
  2. S’inspirant de G. H. Mead, Hon­neth écrit que c’est la « capa­ci­té à sus­ci­ter en lui-même la signi­fi­ca­tion que son acte revêt pour autrui » qui per­met « la pos­si­bi­li­té [pour le sujet] de se consi­dé­rer lui-même comme un objet social pour les actes de ses par­te­naires » (Hon­neth, 2007).
  3. « L’identité socia­le­ment déri­vée est, par sa nature même, dépen­dante de la socié­té. Pour­tant, dans les pre­miers temps, la recon­nais­sance ne s’est jamais pré­sen­tée comme un pro­blème. La recon­nais­sance géné­rale a été incor­po­rée dans l’identité socia­le­ment déri­vée par le fait même qu’elle était fon­dée sur des caté­go­ries sociales que cha­cun consi­dé­rait comme garan­ties. Alors qu’une iden­ti­té ori­gi­nale, inté­rieure et per­son­nelle ne béné­fi­cie pas de cette recon­nais­sance à prio­ri. Elle doit la gagner par l’échange et la ten­ta­tive peut échouer. […] Dans les temps pré­mo­dernes, les gens ne par­laient pas d’«identité » ou de « recon­nais­sance » — non pas parce que les gens n’avaient pas ce que nous appe­lons une iden­ti­té, ou parce qu’ils ne dépen­daient pas de la recon­nais­sance, mais plu­tôt parce qu’ils avaient trop peu de pro­blèmes pour être sys­té­ma­ti­sés en tant que tels. »
  4. Les droits dési­gnent ici « les exi­gences qu’une per­sonne peut légi­ti­me­ment s’attendre à voir satis­faites par la socié­té, dans la mesure où elle est membre à part entière d’une com­mu­nau­té et par­ti­cipe de plein droit à son ordre ins­ti­tu­tion­nel ». Si ceux-ci lui sont refu­sés, c’est donc qu’«on ne lui recon­nait pas le même degré de res­pon­sa­bi­li­té morale qu’aux autres membres de la socié­té », et cette situa­tion affecte direc­te­ment le res­pect de soi, par l’«incapacité de s’envisager soi-même comme un par­te­naire d’interaction sus­cep­tible de trai­ter d’égal à égal avec ses sem­blables » (Hon­neth, 2007).

Céline Tignol


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