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Littérature chinoise : longévité et renaissance

Numéro 2 Février 2010 - Chine littérature par Natacha Wallez

février 2010

Sou­vent consi­dé­rée comme la plus vieille civi­li­sa­tion exis­tante, la Chine est une socié­té com­plexe, comp­tant autant de diver­si­tés cultu­relles, sociales, lin­guis­tiques… et où le culte du pas­sé reste omni­pré­sent. Pour­tant, l’Em­pire du milieu demeure une figure de pré­cur­seur à bien des égards (mise au point de l’encre, de l’é­cri­ture, de l’im­pri­me­rie). La lit­té­ra­ture chi­noise, elle-même, est une par­ti­cu­la­ri­té dans l’his­toire de la Chine et de l’hu­ma­ni­té. C’est sans aucun doute lié au par­ti­cu­la­risme de la langue chi­noise et de son écri­ture qui, non seule­ment, engendrent des dif­fi­cul­tés de tra­duc­tion, mais nous éloignent tota­le­ment de l’i­dée de « lit­té­ra­ture » telle que nous l’en­ten­dons en Occi­dent. Force est de consta­ter que les Chi­nois s’ex­priment « dif­fé­rem­ment » : tan­dis que les écri­vains occi­den­taux tentent de s’ex­pri­mer aus­si clai­re­ment que pos­sible, avec logique, de manière directe (même en poé­sie), les Chi­nois pré­fèrent uti­li­ser… le pou­voir de la suggestion.

Dès les textes de l’Antiquité, le sous-enten­du est omni­pré­sent : apho­rismes et anec­dotes suf­fisent aux Chi­nois pour se com­prendre entre eux, et à cha­cun de tirer sa propre conclu­sion. Là où les Occi­den­taux ten­te­ront de créer une image, les Chi­nois res­te­ront dans l’allusion, voire même dans ce qui peut nous sem­bler absurde. Au fil des siècles, ces figures de style sont deve­nues des réfé­rences, des pro­verbes, voire des cli­chés. Pour­quoi cette façon « sous-enten­due » de s’exprimer ? La Chine est une civi­li­sa­tion qui fut confron­tée aux régimes forts, et si ce détour­ne­ment du lan­gage sub­siste encore aujourd’hui, c’est que l’expression directe peut être dan­ge­reuse à chaque ins­tant de la vie.

La Chine a connu vingt-quatre dynas­ties et envi­ron quatre cents empe­reurs-rois. En emprun­tant un rac­cour­ci facile, nous pou­vons dire que cha­cune de ces dynas­ties a mar­qué l’apogée d’un genre lit­té­raire.: la dynas­tie des Tang (618 – 907) aurait été l’ère des poèmes, la dynas­tie des Song (960‑1279) celle des poèmes chan­tés, la dynas­tie Yuan (1279 – 1368) celle de l’opéra, et les dynas­ties Ming (1368 – 1644) et Qing (1644 – 1911) celles du roman. Quant à la période moderne de l’entre-deux-guerres, elle vit l’avènement de la nouvelle.

Très long­temps tra­di­tio­na­liste et tour­née vers le pas­sé, la Chine subit bon nombre d’influences étran­gères durant la deuxième moi­tié du XIXe et le début du XXe siècle. À cette époque, l’Occident impose sa pré­sence en Chine déve­lop­pant même chez les Chi­nois un com­plexe d’infériorité, les pous­sant à reje­ter les valeurs tra­di­tion­nelles, consi­dé­rées comme hon­teuses. Les Chi­nois se mettent à imi­ter, don­nant nais­sance à des œuvres lit­té­raires sou­vent déce­vantes tant elles semblent être de pâles copies de nou­velles et romans occi­den­taux. 1919 est une date essen­tielle de l’histoire lit­té­raire chi­noise : peu après la nais­sance de la Répu­blique chi­noise, les jeunes uni­ver­si­taires réclament et obtiennent la dis­pa­ri­tion de la langue lit­té­raire clas­sique au pro­fit d’une langue moderne (Bai­hua).

En 1942, tan­dis que les com­mu­nistes conti­nuent peu à peu à s’emparer de la Chine, la lit­té­ra­ture comme les arts n’ont plus d’autre alter­na­tive que de « ser­vir le peuple ». Les écri­vains béné­fi­cient d’une bonne situa­tion, à condi­tion que leur pro­duc­tion loue les mérites du nou­veau régime… avec une absence qua­si totale d’esprit cri­tique. S’ensuit la révo­lu­tion cultu­relle. La plu­part des auteurs sont réduits au silence. Bon nombre d’écrivains seront envoyés en camps de tra­vail ou dépor­tés à la cam­pagne. La mort de Mao Zedong, en 1978, met­tra fin à cette catas­trophe cultu­relle et la Chine recom­men­ce­ra à s’ouvrir, petit à petit. Bien que les évè­ne­ments de Tian’anmen, en 1989, pous­sassent à l’exil un grand nombre d’intellectuels, depuis 1978, la vie lit­té­raire chi­noise se déve­loppe avec force, sui­vant de près les pro­fonds chan­ge­ments de la socié­té chi­noise : bon nombre de mou­ve­ments et d’écoles voient le jour et il est par­fois dif­fi­cile de s’y retrouver.

Après cette brève mise en contexte his­to­rique, indis­pen­sable pour com­prendre l’évolution lit­té­raire chi­noise, voi­ci quelques jalons de cette his­toire lit­té­raire, évo­qués par le biais d’œuvres et d’auteurs. Les choix pré­sen­tés ci-après sont certes sub­jec­tifs, mais ils ont le mérite d’avoir for­te­ment mar­qué leur époque.

Les premiers textes marquants : le canon confucéen et les classiques

C’est sous la dynas­tie de Zhou (1046 à 256 av. JC), qu’apparaissent les pre­miers écrits chi­nois. Ceux-ci consti­tuent les fon­de­ments de la culture et de la phi­lo­so­phie du pays. De cette époque ne res­tent que quelques annales his­to­riques, des ouvrages de phi­lo­sophes et deux recueils de poèmes. Dif­fi­cile de ne pas citer ici « le pre­mier des sages », Confu­cius (551 – 479 av. J.C.), huma­niste prag­ma­tique qui occupe une place excep­tion­nelle dans l’histoire de la culture et de l’éducation. Confu­cius vécut l’époque où le féo­da­lisme fit son appa­ri­tion, suc­cé­dant à l’esclavagisme et il sen­tit toute l’importance de ce chan­ge­ment qui popu­la­ri­sait la culture. Il ouvrit une école accueillant tant les riches que les pauvres. Confu­cius aurait eu plus de trois mille dis­ciples, et aujourd’hui encore, son ensei­gne­ment conti­nue d’influencer la culture et l’éducation, mais aus­si, l’économie, la poli­tique et l’éthique de la Chine.

Issus de la tra­di­tion orale, les prin­cipes du confu­cia­nisme sont regrou­pés en un ensemble de textes cano­niques qui consti­tuent la base de cette doc­trine phi­lo­so­phique, for­mée par les com­men­ta­teurs et les proches de Confu­cius. À l’époque, cinq textes « clas­siques » consti­tuaient les fon­de­ments du confu­cia­nisme, décla­ré doc­trine de l’État. Plus tard, d’autres textes s’ajoutèrent ain­si que des com­men­taires com­plé­tant les textes, afin de mieux com­prendre le mes­sage trans­mis. Au XIIe siècle sont donc com­pi­lés ce qu’on a cou­tume d’appeler les Clas­siques ou les Quatre livres, com­pre­nant notam­ment les écrits de Confu­cius et ceux de Men­cius (pen­seur chi­nois, 380 – 289 av. J.C.). Le com­men­taire accom­pa­gnant ces textes conti­nue de faire auto­ri­té à l’heure actuelle. Par­mi ces Quatre livres intro­dui­sant la phi­lo­so­phie chi­noise et le confu­cia­nisme, citons quelques par­ties majeures dont les Ana­lectes de Confu­cius, expo­sant la vie, les dis­cours et les paroles de Confu­cius, ras­sem­blés par ses dis­ciples et le Men­cius : repre­nant les entre­tiens de Men­cius avec les rois de son époque (Men­cius était à la recherche d’un roi capable de res­tau­rer la paix).

Jusqu’à la fin de l’Empire en 1911, la connais­sance des Quatre livres était indis­pen­sable et consti­tuait la matière d’examen pour occu­per les postes dans la fonc­tion publique. Outre les Quatre livres, tout pos­tu­lant devait éga­le­ment connaitre les Cinq Clas­siques. Par­mi ceux-ci, le Clas­sique des vers, antho­lo­gie ras­sem­blant quelque trois-cents poèmes datant du XXVIe au Ve siècle av. J.C., et attri­buée à Confu­cius (hypo­thèse peu pro­bable puisque les contem­po­rains de Confu­cius citaient déjà cette antho­lo­gie). La varié­té des thèmes abor­dés est impres­sion­nante : l’amour, le mariage, les guer­riers et batailles, l’agriculture, les béné­dic­tions, l’accueil, les fêtes et ban­quets, les céré­mo­nies clas­siques, les sacri­fices, la musique et la danse, les chants dynas­tiques, les légendes dynas­tiques, la construc­tion de bâti­ments, la chasse, l’amitié, la morale et les lamen­ta­tions. Cer­taines figures poé­tiques uti­li­sées dans le Clas­sique des vers ont tra­ver­sé l’épreuve du temps et ont jalon­né l’histoire de la poé­sie chinoise.

Au fil des siècles, d’autres textes cano­niques furent com­pi­lés et enri­chis, étroi­te­ment liés aux écoles de pen­sée et aux dynas­ties qui se sont suc­cé­dé en Chine. Citons ain­si, les clas­siques du taoïsme, de l’art mili­taire… et les Chants de Chu, com­pi­lés par le biblio­graphe Liu Xiang (77 – 6 av. J.C.). Tan­dis que les poèmes du Clas­sique des vers sont presque tous ano­nymes, les Chants de Chu sont les pre­miers témoi­gnages de poé­sie per­son­nelle. Le long poème d’ouverture du recueil, Li Sao, est écrit à la pre­mière per­sonne et relate la vie de son auteur Qu Yuan.

L’âge d’ôr de la poésie

C’est sous la dynas­tie des Tang (618 – 907), connue pour son raf­fi­ne­ment et son rayon­ne­ment cultu­rel, que la poé­sie atteint son apo­gée. Par­mi les poètes les plus célèbres de cette époque, Li Bai (701 – 762), mena une vie légen­daire qui ins­pi­ra plus d’un récit. Il pas­sa la plus grande par­tie de sa vie à voya­ger à tra­vers la Chine. Influen­cée par les pen­sées confu­céenne et taoïste, sa forte per­son­na­li­té fas­ci­nait autant le peuple que la noblesse. La nature sau­vage, fas­ci­nante et puis­sante, l’inspira pro­fon­dé­ment dans ses poèmes où réa­lisme et mytho­lo­gie s’entremêlent. Enfant ter­rible de la poé­sie, LI Bai fut très appré­cié en son temps, et encore aujourd’hui, ses poèmes sont connus de tous.

Du Fu (712 – 770) est sou­vent consi­dé­ré comme le frère enne­mi de Li Bai. Du Fu vouait cepen­dant une forte admi­ra­tion à son ainé, en l’honneur de qui il écri­vit qua­torze poèmes. Atti­rée par la nou­veau­té pro­so­dique, sa source prin­ci­pale d’inspiration est son propre rôle au sein de la socié­té dans laquelle il évo­lue. La vie fut bien plus dif­fi­cile pour Du Fu que pour Li Bai, et c’est sans doute ce qui explique ce besoin omni­pré­sent d’introduire la poli­tique et la res­pon­sa­bi­li­té sociale dans sa poé­sie. La poé­sie n’est plus ici une simple créa­tion artis­tique ou un déver­soir à sen­ti­ments, elle devient, tout comme la prose, l’expression de la vie dans ses aspects les plus pratiques.

Appa­rait alors une nou­velle forme poé­tique, le « ci ». Chan­tés sur des airs popu­laires, les ci parlent de cour­ti­sanes, d’amour, de musique. Su Dong­po, aus­si connu sous le nom de Su Shi (1036 – 1101), va alors intro­duire de nou­velles thé­ma­tiques comme la guerre et les guer­riers. Outre des poèmes, il écri­vit des lettres et des essais, et fut l’un des meilleurs écri­vains par­lant de la sagesse chi­noise. Auteur de plus de deux mille poèmes, ceux rela­tifs aux voyages et aux his­toires sont les plus abou­tis. En outre, ses autres écrits sont d’une impor­tance capi­tale pour mieux com­prendre la Chine du XIe siècle.

Consi­dé­rée comme la plus grande poé­tesse de Chine, LI Qingz­hao (1083 – 1151) mon­tra très vite des dis­po­si­tions pour les lettres et fut rapi­de­ment recon­nue pour la qua­li­té de ses vers. Sa vie fut une suc­ces­sion d’heurs et mal­heurs, et sa seconde union se révé­la effroyable : son mari n’avait que faire de la lit­té­ra­ture et mal­trai­tait la poé­tesse alors âgée d’une cin­quan­taine d’années. Elle divor­ça et finit sa vie seule, trou­vant refuge dans une poé­sie de plus en plus mélan­co­lique sur le thème de l’amour perdu.

L’apparition d’autres genres littéraires

La poé­sie ne fut pas le seul genre abor­dé par les let­trés. Le théâtre fut lar­ge­ment repré­sen­té. Ain­si, Wang Shi­fu (fin XIIIe-début XIVe) écri­vit la plus célèbre pièce d’amour chi­noise, La chambre de l’aile ouest.

Des romans virent éga­le­ment le jour : Au bord de l’eau, écrit par Shi Nai’an (ca 1296-ca 1370) relate les aven­tures de cent-huit héros, bri­gands révol­tés contre la cor­rup­tion du gou­ver­ne­ment. Adeptes des arts mar­tiaux, ces insou­mis vivent de mul­tiples aven­tures, enri­chies par leurs dif­fé­rences, leur per­son­na­li­té. Étroi­te­ment lié à Shi Nai’an, Luo Guanz­hong (ca 1330-ca 1400) est un éru­dit célèbre pour ses romans his­to­riques. Le plus fameux d’entre tous est L’épopée des trois royaumes, qui retrace un siècle d’histoire de Chine (de 184 à 280). L’action se déroule dans de nom­breux royaumes habi­tés par des monstres, héros immor­tels, magi­ciens et sei­gneurs dési­reux de contrô­ler la Chine.

Entre le XIVe et le XVIIe siècle, le régime des­po­tique en place entraine une raré­fac­tion des poètes et des phi­lo­sophes. Par contre, le roman ou le théâtre, sans doute moins dan­ge­reux, font leur appa­ri­tion. Par­mi les dra­ma­turges dont les œuvres sont encore jouées par­tiel­le­ment aujourd’hui, celles de Tang Xian­zu (1550 – 1616) qui se consa­cra à l’écriture après avoir embras­sé une car­rière de fonc­tion­naire. Son œuvre est un recueil de quatre pièces, Les quatre rêves. Ses thèmes de pré­di­lec­tion sont les amours contra­riées, qu’il aborde sur un ton fée­rique. La plus célèbre de ses pièces est le Pavillon aux pivoines. Selon la légende, une jeune fille serait morte d’émotion en lisant ces vers lors de leur édi­tion. Depuis le début du XXe siècle, Wu Cheng’en (ca 1500-ca 1582) est dési­gné comme le der­nier rédac­teur du roman le Voyage en Occi­dent, consi­dé­ré comme l’un des grands clas­siques de la lit­té­ra­ture chi­noise. Le Voyage en Occi­dent par­fois tra­duit Le roi des singes, décrit l’expédition du bonze Xuan­zang en Inde au VIIe siècle. Accom­pa­gné du Singe de la mon­tagne, du Cochon aux huit vœux et du Bonze des sables, il ren­contre une mul­ti­tude de créa­tures fan­tas­tiques. Les trois com­pa­gnons devront tout au long de leur périple, mon­trer qu’ils peuvent deve­nir meilleurs. L’intérêt de ce roman réside dans les dif­fé­rents niveaux de lec­ture et la grande diver­si­té des sujets trai­tés. Le ton humo­ris­tique sou­vent employé en fait une très bonne satire sociale.

La fin d’un Empire

Ultime dynas­tie de la Chine, la dynas­tie des Qing est d’origine mand­choue. For­te­ment liée à la culture chi­noise, cette dynas­tie appor­ta à la Chine une longue période de calme et de paix, hono­rant les let­trés et par­ti­ci­pant à la réa­li­sa­tion et à la dif­fu­sion d’encyclopédies, d’anthologies et de dic­tion­naires. Pour­tant, la dynas­tie des Qing subit au cours du XIXe siècle de nom­breuses défaites mili­taires et fut confron­tée aux rébel­lions et aux pres­sions inter­na­tio­nales. Cette dynas­tie fut ren­ver­sée en 1912, lorsque le der­nier empe­reur Puyi, abdi­qua, à l’âge de sept ans.

La poé­sie de cette époque est per­son­nelle et sin­cère et ver­ra son déclin à la fin du XVIIIe siècle. Le roman quant à lui, revêt plu­sieurs formes : il peut être savant, fan­tas­tique, sati­rique, iro­nique, ana­ly­tique, héroïque ou de mœurs. Pu Son­gling (1630 – 1715) en est le meilleur repré­sen­tant. Ses Contes étranges du stu­dio bavard sont un recueil de cinq-cents contes fan­tas­tiques écrits en langue clas­sique. Aus­si connus sous le titre Chro­niques de l’étrange, bon nombre de ces contes ont été la base d’adaptations ciné­ma­to­gra­phiques. La femme-renarde est un per­son­nage récur­rent dans ces contes. Tan­tôt démo­niaque, tan­tôt bien­fai­sante, elle incarne la beau­té fatale, et tend à remettre le héros sur le droit chemin.

Le Rêve dans le Pavillon rouge, de Cao Xue­qin (ca 1719-ca 1763) est un roman auto­bio­gra­phique. Il s’agit d’une œuvre inache­vée, publiée plu­sieurs années après le décès de ce roman­cier, éga­le­ment poète, peintre et musi­cien. Issu d’une famille ayant connu gran­deur et déca­dence, richesse et misère, il fut admi­ré et appré­cié par ses contem­po­rains. Le Rêve dans le Pavillon rouge est une œuvre gigan­tesque de trois mille cha­pitres repré­sen­tant plus de trois mille pages dans leur tra­duc­tion fran­çaise. Ce pavillon rouge désigne le gyné­cée et relate l’histoire d’amour entre un jeune homme et sa cou­sine. Réfé­rence lit­té­raire indis­pen­sable, ce roman-fleuve de Cao Xue­qin ins­pi­ra notam­ment les écri­vains Lao She et Ba Jin et fut tra­duit dans une tren­taine de langues.

Li Yu (1611-ca 1679), dra­ma­turge n’hésitant pas à prô­ner les plai­sirs de la vie, ouvrit une librai­rie après avoir raté les exa­mens de fonc­tion­naire et se consa­cra à l’écriture. Li Yu n’appréciait pas les tra­gé­dies. Il écri­vit donc dix pièces gaies, la plu­part fai­sant l’éloge de l’amour entre les jeunes gens. Non content d’écrire des pièces de théâtre, Li Yu créa sa propre troupe de théâtre pour les inter­pré­ter. Lui-même jouait par­fois. Vingt années durant, il par­cou­rut la Chine, diri­geant toutes les étapes de la créa­tion théâ­trale. Il consi­gna son expé­rience dans le livre Lettres des humeurs et eut ain­si un fort impact sur le déve­lop­pe­ment du théâtre et de la lit­té­ra­ture chi­nois. Son œuvre la plus célèbre est De la chair à l’extase, roman éro­tique initiatique.

L’avènement de la littérature populaire

Jusqu’alors, deux lit­té­ra­tures coexistent en Chine : la lit­té­ra­ture let­trée et la lit­té­ra­ture popu­laire. Cette der­nière est l’apanage du théâtre, des bal­lades, des chan­sons popu­laires, des romans et des légendes. Il s’agit d’adaptations d’œuvres orales.

Au XXe siècle, la lit­té­ra­ture popu­laire va enfin être consi­dé­rée sur le même plan que la lit­té­ra­ture clas­sique et l’écrivain Lu Xun (1881 – 1936) n’est pas étran­ger à ce phé­no­mène. Lu Xun s’intéresse for­te­ment à la lit­té­ra­ture occi­den­tale et tra­duit notam­ment en chi­nois deux romans de Jules Verne. En 1918 paraît le Jour­nal d’un fou, écrit en lan­gage par­lé. Le suc­cès est immé­diat, et l’ouvrage devient vite le « texte fon­da­teur de la nou­velle lit­té­ra­ture chi­noise ». Démo­cra­tie, science, indi­vi­du, nation, autant d’idées occi­den­tales qui s’emparent peu à peu de la popu­la­tion. L’œuvre est ici abon­dante : des récits, des poèmes, des cri­tiques et des études sur la lit­té­ra­ture et la tra­duc­tion. Ini­tia­le­ment publié dans la revue Nou­velle Jeu­nesse, le Jour­nal d’un fou est le récit d’un homme per­sua­dé que les habi­tants de son vil­lage sou­haitent le tuer et le man­ger. Or, ce fou se révèle être le seul per­son­nage sen­sé d’une socié­té en déclin. Aujourd’hui, Lu Xun est régu­liè­re­ment cité par les écri­vains contem­po­rains comme une réfé­rence essen­tielle dans leur che­mi­ne­ment littéraire.

La découverte de la fiction chinoise

D’origine mand­choue, Lao She (1899 – 1966) fut très jeune bai­gné dans une socié­té en pleine évo­lu­tion. Lao She s’est consa­cré exclu­si­ve­ment à l’écriture à la suite du suc­cès de sa pre­mière œuvre le Tireur de pousse-pousse. Son œuvre majeure Quatre géné­ra­tions sous un même toit est un long roman décri­vant la vie d’une famille péki­noise au fil des péri­pé­ties de l’histoire chi­noise. Ses per­son­nages sont tirés du petit peuple de Pékin dont il a conser­vé la langue. De retour en Chine après un séjour en Angle­terre et aux États-Unis, il devient un per­son­nage impor­tant du monde des arts et des lettres. Lao She se serait sui­ci­dé après avoir été dénon­cé et cri­ti­qué lorsque la Révo­lu­tion cultu­relle éclata.

Né au sein d’une famille aisée de fonc­tion­naires, Ba Jin (1904 – 2005) est un écri­vain pro­li­fique dont la car­rière est sin­gu­liè­re­ment liée à l’histoire mou­ve­men­tée de la Chine. Apo­li­tique, il vécut deux ans à Paris et fut, tout comme Lu Xun et Lao She, l’un des pre­miers écri­vains à uti­li­ser la langue de la rue. Bien que son œuvre ne soit pas conforme aux cri­tères du régime, Ba Jin devien­dra membre du conseil de culture et d’éducation après la fon­da­tion de la Répu­blique popu­laire de Chine. Cela ne lui évi­ta pour­tant pas de subir les humi­lia­tions des Gardes Rouges durant la révo­lu­tion cultu­relle. Réha­bi­li­té en 1977, il fut élu membre du comi­té per­ma­nent de l’Assemblée natio­nale. Sa tri­lo­gie auto­bio­gra­phique Famille, Prin­temps et Automne, est deve­nue un classique.

L’émergence des formes contemporaines

Jusqu’au début des années quatre-vingt, la lit­té­ra­ture chi­noise est qua­si­ment absente des librai­ries et des biblio­thèques occi­den­tales. La mort de Mao Ze Dong en 1978 contri­bue­ra de manière ful­gu­rante à l’évolution de la vie lit­té­raire chi­noise. 1978 est ain­si une année char­nière, un déclen­cheur de genres lit­té­raires. Tan­dis que la « poé­sie obs­cure » est pro­duite par de jeunes auteurs incom­pris de leurs ainés, Lu Xin­hua (1954-…) publie une nou­velle inti­tu­lée La plaie, mar­quée par les cica­trices lais­sées par les années de troubles qu’a subies le peuple chi­nois. C’est donc tout natu­rel­le­ment que ce genre por­te­ra le nom de « lit­té­ra­ture des cica­trices ». Deux thé­ma­tiques majeures illus­trent la lit­té­ra­ture des cica­trices : d’une part, les mal­heurs du peuple et les per­sé­cu­tions phy­siques et morales ayant carac­té­ri­sé la période de la Révo­lu­tion cultu­relle et, d’autre part, les « jeunes ins­truits », envoyés dans les cam­pagnes dès 1968 pour per­mettre à Mao de mettre de l’ordre au sein de cette jeu­nesse turbulente.

À la même époque appa­rait la « lit­té­ra­ture de repor­tage » qui per­met aux écri­vains d’exprimer leurs opi­nions néga­tives à pro­pos de la socié­té afin de ten­ter de la redres­ser de l’intérieur. L’un des plus grands repré­sen­tants de cette lit­té­ra­ture de repor­tage est l’écrivain et jour­na­liste Liu Binyan (1925 – 2005). Deux fois mis au ban par le Par­ti com­mu­niste, il reste l’un des écri­vains les plus admi­rés en Chine, et son œuvre Entre hommes et démons en fait en quelque sorte un écri­vain jus­ti­cier. Farouche défen­seur de la liber­té de pen­sée, Liu Binyian sera expul­sé de Chine par le régime et conti­nue­ra de dénon­cer la répres­sion depuis les États-Unis. Toute proche du repor­tage, la « lit­té­ra­ture de témoi­gnage », est un tra­vail docu­men­taire plus qu’un tra­vail lit­té­raire. Au milieu des années quatre-vingt, l’auteure Zhang Xin­xin (1953-…) s’entretient avec des cen­taines de citoyens à pro­pos de leur quo­ti­dien. Il en résulte des por­traits de chi­nois de l’époque, réunis dans L’homme de Pékin. Les témoi­gnages sont conser­vés tels quels, sans aucun « retra­vail » littéraire.

Si ces genres pré­cé­dem­ment cités sont sou­vent enclins à une pen­sée pro­fonde, il existe éga­le­ment une forme lit­té­raire d’introspection. Avant tout « lit­té­ra­ture de réflexion », elle per­met aux auteurs d’analyser ce que fut la situa­tion du pays durant la révo­lu­tion cultu­relle, ain­si que les consé­quences de celle-ci. Para­doxa­le­ment, les repré­sen­tants de ce genre res­taient atta­chés à leurs convic­tions poli­tiques, et ce mal­gré les souf­frances endu­rées. Ain­si, l’écrivain Wang Meng (1934-…), enga­gé très jeune dans la poli­tique, sera long­temps inter­dit d’activité lit­té­raire. Ses exils suc­ces­sifs et for­cés seront illus­trés dans ses œuvres, notam­ment dans ses Contes de l’Ouest loin­tain. Le vieux Ba Jin, cité pré­cé­dem­ment, par­ti­ci­pe­ra éga­le­ment à l’essor de cette lit­té­ra­ture de réflexion. Notam­ment en publiant ses sou­ve­nirs, tra­duits en par­tie en fran­çais dans Pour un musée de la Révo­lu­tion cultu­relle. Ses sou­ve­nirs ont été rédi­gés, non pas en tant qu’écrivain, mais en tant que témoin des souf­frances des hommes.

À cette époque, on constate un grand impact de la lit­té­ra­ture chi­noise en Occi­dent, et les écri­vains chi­nois, quant à eux, ont éga­le­ment un accès net­te­ment plus aisé à la lit­té­ra­ture étran­gère : la pres­sion poli­tique est moindre, et de nom­breuses tra­duc­tions par­viennent jusqu’aux let­trés contem­po­rains. Conscients que le fond et la forme sont étroi­te­ment liés, les auteurs chi­nois vont étu­dier les formes lit­té­raires occi­den­tales et ain­si s’éloigner de la tra­di­tion lit­té­raire chi­noise. Après 1985, la lit­té­ra­ture « moder­niste » occi­den­tale mar­que­ra for­te­ment la lit­té­ra­ture chi­noise. Ain­si Xu Xing (1958-…), écri­vain et musi­cien, déroute le lec­teur en démon­tant l’ordre chro­no­lo­gique et l’espace dans lequel se déroule le récit. Maniant aisé­ment iro­nie et pro­vo­ca­tion, Xu Xing est un auteur peu pro­lixe. Il tra­vaille une dizaine d’années sur son second roman, Et tout ce qui reste est pour toi, et met presque autant de temps à le faire publier. Il est l’un des pre­miers écri­vains à avoir déve­lop­pé son blog lit­té­raire, aujourd’hui consi­dé­ré comme un indis­pen­sable de la toile.

Wang Meng, déjà abor­dé plus haut, est certes un peu plus âgé, mais il est sou­vent cité comme l’un des pre­miers auteurs moder­nistes. Son œuvre mai­tresse date de 1986, Pan­tins arti­cu­lés. Il y pré­sente des intel­lec­tuels chi­nois par­ta­gés entre mœurs orien­tales et occi­den­tales. C’est le même Wang Meng qui salue­ra en 1985 le Pre­mier essai sur l’art du roman moderne, rédi­gé en 1981 par Gao Xing­jian (1940-…), dra­ma­turge, écri­vain et tra­duc­teur du fran­çais dont la renom­mée a lar­ge­ment dépas­sé les fron­tières chi­noises depuis qu’il a obte­nu en 2000 le prix Nobel de lit­té­ra­ture. Dans cet essai, Gao Xing­jian ana­lyse les pro­cé­dés qu’utilisent les roman­ciers occi­den­taux pour éla­bo­rer leurs chefs‑d’œuvre. Cet essai démontre que les formes modernes ne donnent pas for­cé­ment nais­sance à des œuvres déca­dentes. Par­mi les romans de Gao Xing­jian, citons notam­ment La mon­tagne de l’âme et Le livre d’un homme seul.

Contra­dic­toi­re­ment, la « lit­té­ra­ture moder­niste » pro­duit l’effet inverse à celui jusqu’ici décrit, notam­ment avec le mou­ve­ment « à la recherche des racines ». Ce mou­ve­ment est ins­pi­ré par Wang Zeng­qi (1920 – 1997) qui, après trente ans de silence for­cé, se mit à écrire en prose poé­tique ses sou­ve­nirs, ses obser­va­tions des pay­sages, les mœurs de sa pro­vince natale… La « lit­té­ra­ture des racines » retourne donc aux racines de la civi­li­sa­tion chi­noise. Les écri­vains des racines se spé­cia­lisent ain­si dans une région (sou­vent celle dont l’écrivain est ori­gi­naire). Han Shao­gong (1953-…) demeure la figure repré­sen­ta­tive de ce mou­ve­ment des racines. Son père se sui­cide au début de la Révo­lu­tion cultu­relle et il devient Garde Rouge, avant d’être envoyé en 1968 à la cam­pagne. Il publie dès 1979 et bon nombre de ses textes sont pri­més de concours natio­naux. Pa pa pa est un roman emblé­ma­tique du mou­ve­ment. Il parait en 1986 et met en scène Bing­zai, jeune sim­plet orphe­lin qui ne sait dire que deux mots. Lorsque le vil­lage com­mence à man­quer de vivres, il semble que le sacri­fice de Bing­zai soit inévi­table. Avec ce roman qui connut un vif suc­cès en Chine, l’auteur aborde de manière oni­rique des ques­tions exis­ten­tielles de la Chine.

En réac­tion aux mou­ve­ments moder­niste et des racines, le « roman d’avant-garde » rompt avec une tra­di­tion qui dotait la lit­té­ra­ture d’une mis­sion essen­tiel­le­ment édu­ca­tive. Les auteurs avant-gar­distes, très ins­pi­rés par les écri­vains occi­den­taux comme Jorge Luis Borges, Alain Robbe-Grillet… semblent renier la tra­di­tion chi­noise. Ils se pré­oc­cupent davan­tage de savoir « com­ment écrire », plu­tôt que du réel sujet du roman. Les avant-gar­distes appa­raissent sur la scène lit­té­raire aux alen­tours de 1985. Le « néo­réa­lisme » est consi­dé­ré comme l’un des plus grands mou­ve­ments d’avant-garde. Le roman néo­réa­liste décrit avec fidé­li­té la vie quo­ti­dienne dans tous ses aspects. La struc­ture du roman consiste à suivre un per­son­nage et le récit évo­lue au fil du temps qui s’écoule. Un lan­gage simple est pré­fé­ré pour décrire la vie quo­ti­dienne et le style est tein­té de tristesse.

Par­mi ses illustres repré­sen­tants, Su Tong (1963-…) excelle à dres­ser le por­trait de per­son­nages vivant dans la Chine impé­riale ou répu­bli­caine. Bien que n’étant pas issu d’une famille lit­té­raire, Su Tong pour­suit des études de lit­té­ra­ture chi­noise et devient rédac­teur d’une revue à Nan­kin. Il écrit ensuite plu­sieurs nou­velles et romans, par­mi les­quels, Épouses et concu­bines, adap­té à l’écran par Zhang Yimou en 1991. Dans les années vingt, Son­glian devient la qua­trième épouse d’un homme aisé et sou­haite bien en pro­fi­ter. C’est sans comp­ter les autres épouses et leurs enfants. La jeune femme va devoir faire preuve de beau­coup de patience et de pers­pi­ca­ci­té pour déjouer les com­plots de ses rivales.

Si ces genres nou­veaux contri­buent à don­ner à la lit­té­ra­ture chi­noise contem­po­raine ses lettres de noblesse, de grandes thé­ma­tiques sont éga­le­ment abor­dées par les auteurs contem­po­rains, et pour­raient elles aus­si faire l’objet d’un genre à part entière. Par­mi elles, la « rura­li­té », la cam­pagne, occupent une place très importante.

Né dans une famille de pay­sans, Mo Yan (1956-…) est à l’heure actuelle l’un des écri­vains les plus répu­tés en Chine, et pres­sen­ti comme prix Nobel. Contrai­re­ment à d’autres de ses contem­po­rains, issus de milieux culti­vés et édu­qués à la lec­ture des grands romans clas­siques chi­nois, Mo Yan s’est for­mé en écou­tant les contes et his­toires que lui nar­rait sa grand-mère. Son pre­mier suc­cès est la nou­velle Le Radis de cris­tal, paru en 1981, l’histoire d’un jeune, indif­fé­rent à ce qui l’entoure. À par­tir de là, Mo Yan va décrire la vie dans les cam­pagnes de sa pro­vince natale qu’il aborde d’un point de vue his­to­rique dans Le clan du Sor­gho (1986-…), et d’un point de vue poli­tique dans La mélo­pée de l’ail para­di­siaque (1988-…). Lar­ge­ment auto­bio­gra­phiques, ses œuvres sont écrites dans un style réa­liste, même s’il n’hésite pas à intro­duire l’étrange, le magique. Il évoque libre­ment le sexe, le pou­voir, la poli­tique, sou­vent avec humour et intel­li­gence. Par­mi les quatre-vingts ouvrages qu’il a écrits, la saga fami­liale, Beaux seins, belles fesses, est le seul roman dont cer­tains pas­sages ont été censurés.

La « ville » n’est pas en reste et est un sujet fré­quem­ment abor­dé par les auteurs chi­nois contem­po­rains. Ain­si, Chi Li (1957-…) dépeint la réa­li­té sociale de ses contem­po­rains et se rat­tache à la « lit­té­ra­ture réa­liste ». Chi Li com­mence à écrire en 1981, après avoir exer­cé la méde­cine durant plu­sieurs années. Dans la grande majo­ri­té, ses romans témoignent de l’évolution des mœurs et des modes de vie des habi­tants des villes. Trouée dans les nuages dépeint l’histoire d’un couple de qua­dra­gé­naires en appa­rence par­fai­te­ment heu­reux. Cepen­dant, chaque soir, les époux s’entredéchirent à coups de révé­la­tions et de vie cachée.

Maitre du « roman psy­cho­lo­gique », Wang Anyi (1954-…) offre le rôle prin­ci­pal de son roman Le chant des regrets éter­nels à la ville de Shan­ghai. Elle emprunte le titre de ce roman au poète Bai Juyi (IXe siècle) et met en scène le lien étroit qui se tisse durant plu­sieurs décen­nies entre la ville de Shan­ghai et Wang Qiyao, jeune reine de beau­té, contrainte de retom­ber dans l’anonymat. Enfant pré­coce, Wang Anyi nait dans une famille d’écrivains. Auteure pro­li­fique, elle obtient de nom­breux prix lit­té­raires dont le pres­ti­gieux prix Mao­dun en 2000 pour Le chant des regrets éter­nels.

Et pour clore ces quatre mille ans d’histoire…

Bien que vive­ment contrô­lée par les auto­ri­tés chi­noises, la toile du web a vu émer­ger une lit­té­ra­ture indé­pen­dante par le biais de blogs, de pages per­son­nelles… Récits de vie, jour­naux (très) intimes, la « cyber-lit­té­ra­ture » est en adé­qua­tion avec un élan de créa­ti­vi­té énorme. L’accession à la noto­rié­té est bien plus aisée par le biais de ces nou­veaux canaux, et aujourd’hui, tous les romans sont acces­sibles en ligne, qua­si gra­tui­te­ment. Selon les chiffres récem­ment expo­sés lors d’un sémi­naire consa­cré au mar­ché du livre en Chine, pas moins de dix mille sites lit­té­raires seraient recen­sés et consul­tés par quatre cents mil­lions d’internautes.

Aujourd’hui, le régime ne réprime plus que les auteurs qui s’opposent de manière directe au par­ti. Il est ain­si pos­sible de s’exprimer plus ou moins libre­ment sous l’œil vigi­lant d’un État auto­ri­taire, et non plus tota­li­taire. Certes, cer­tains tabous sub­sistent, mais bien que sou­mis à cer­taines contraintes, les écri­vains ne sont plus réduits au silence. Jusqu’il y a peu, le mar­ché de l’édition chi­noise était for­te­ment limi­té au seul ter­ri­toire chi­nois. À elle seule, la Chine compte un peu moins de six cents mai­sons d’édition sous l’égide de l’État, plus de mille relèvent du sec­teur pri­vé. Chaque année, deux cent cin­quante mille titres paraissent et c’est sans comp­ter l’émergence de la lit­té­ra­ture sur Inter­net. Chez nos voi­sins fran­çais, cer­taines mai­sons d’édition se sont spé­cia­li­sées dans la lit­té­ra­ture orien­tale : dif­fi­cile de ne pas rele­ver l’excellent tra­vail édi­to­rial de Phi­lippe Pic­quier et de Bleu de Chine. Grâce à ces édi­teurs, nous, lec­teurs fran­co­phones, accé­dons à une goutte d’eau dans l’océan de la lit­té­ra­ture chi­noise d’hier et d’aujourd’hui, qui amène une incon­tes­table touche d’originalité dans le foi­son­ne­ment lit­té­raire mondial.

Natacha Wallez


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