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Le mal par le mal

Numéro 08 Décembre 2023 Antisémitismeextrême droiteFrancepopulisme - par Anathème -

Tout le monde a sa solution pour lutter contre l’antisémitisme, malheureusement, Anathème aussi…

Tout le monde a sa solution pour lutter contre l’antisémitisme, malheureusement, Anathème aussi…

Depuis des siècles, depuis toujours, la France est un exemple pour nous, pour le monde entier. En ces temps troublés, c’est tout naturellement que nous tournons notre regard vers l’Hexagone, confiants que nous y trouverons des raisons d’espérer, des manières de penser, des moyens d’agir.

Et c’est peu dire que nous n’avons pas été déçus, puisque la France nous a donné l’exemple d’une réaction visionnaire à la hausse des actes et discours antisémites consécutifs au bain de sang défensif provoqué par Israël dans la bande de Gaza : défiler, dans Paris, aux côtés de la fine fleur de l’extrême droite.

Oh, bien entendu, ce point a fait bondir ceux qui ne haïssent pas suffisamment l’antisémitisme pour accepter de serrer la main des fascistes, ceux qui n’ont pas compris la grandeur d’un militant d’extrême droite qui déteste suffisamment les musulmans pour tenir la main d’un juif, le temps d’une manifestation.

Malheureusement enferrés dans un antifascisme primaire, ces critiques refusent de voir la bonne nouvelle : les fascistes changent. Ils sont désormais prêts à protéger les juifs, comme hier, ils se sont montrés sensibles à la cause des femmes ou au combat des minorités sexuelles… Certes, ils posent leurs conditions. Ne ferions-nous de même à leur place ? Ils exigent qu’à chaque fois, cela leur permette de stigmatiser les musulmans. Allons-nous pinailler, alors qu’il s’agit de défendre l’égalité, valeur fondamentale des démocraties ?

Alors oui, certains objecteront peut-être que les musulmans ne sont pas coupables de tous les maux. Mais le fait est que rien n’est moins sûr et que, en tout état de cause, il suffit d’un peu de créativité pour régler ce problème. Convenons d’appeler « musulman » tout qui opprime une femme, rejette les gays et lesbiennes ou s’en prend à la communauté juive et le tour est joué ! Cette liste pourra bien entendu faire l’objet d’extension au fil de l’approfondissement de nos relations amicales avec l’extrême droite. Il n’y a pas là de quoi s’émouvoir, ce n’est au fond qu’un élargissement du principe selon lequel toute personne qui s’émeut de la montée de l’islamophobie est un proche des Frères musulmans.

Certes, réaliser par ce biais que le Maréchal Pétain ou Jean-Marie Le Pen furent autrefois musulmans pourrait en surprendre plus d’un, mais, là aussi, prendre le temps de la réflexion permet de dépasser l’apparente absurdité de la proposition. Le Maréchal Pétain, par exemple, n’est-il pas tenu par certains – d’extrême droite, certes – pour le sauveur des juifs français ? Sans doute prit-il des positions antisémites pour mieux tromper l’ennemi et n’était-il aucunement musulman… On pourrait certainement en dire autant de la famille Le Pen, dont la fille vient de se lever contre l’antisémitisme (des musulmans), éclairant d’un jour nouveau le parcours idéologique de sa famille.

Une fois de plus, la France nous montre donc la voie, celle de la démocratie, de la liberté et de l’éthique, au-delà des à priori et de l’antifascisme primaire. Rien de surprenant de la part d’une nation qui nous a si souvent ouvert la voie en s’aventurant sur des chemins qui nous paraissaient hasardeux. Fonder la démocratie par la Terreur, libérer l’Europe par les conquêtes napoléoniennes, défendre les droits de l’homme par la colonisation, exprimer son amour de l’Algérie française par les opérations de « maintien de l’ordre », quoi de surprenant à ce que l’on propose de lutter contre l’antisémitisme et contre les discriminations avec l’extrême droite ?

Il nous reste à faire notre examen de conscience et à tendre la main aux fascistes, au nom de nos idéaux démocratiques. Heureusement, chez nous, de nombreux politiques nous y appellent déjà. Oui, nous sommes prêts !

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Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.