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Le communautarisme guette

30 septembre criseécologieénergie - par Anathème -

Ce qui avance à pas de loups, sous les dehors innocents d’une production et d’une consommation locales d’énergie verte, c’est le développement d’un entre-soi énergétique !

La défense de notre société contre ses ennemis de l’intérieur exige de chacun une attention de tous les instants. Un ministre propose-t-il de limiter la vitesse sur autoroute à 100 km/h ? Les plus vigilants y voient la tentative d’instaurer une dictature écologique punitive. Une ministre se promène-t-elle avec des femmes, pour causer de problèmes de femmes loin des hommes ? Les plus éclairés comprennent qu’il s’agit d’exclure les hommes d’un monde qui, quand même, leur appartient en propre. Les étudiants d’une haute école bruxelloise cohabitent-ils dans la tolérance, sans considération particulière pour leur apparence et leur habillement ? Les plus instruits y décèlent le danger d’une tolérance sans limites, alors que chacun sait que les règles existent pour que tout le monde puisse vivre ensemble, sans avoir à subir la tolérance de quelqu’un de moins borné que soi.

Bref, il ne faut pas baisser la garde, ni dormir sur ses deux oreilles ni rien prendre pour argent comptant. Aussi, lorsque, récemment, je fus démarché par des individus suspects [1] pour faire partie d’une communauté d’énergie, ai-je flairé le danger. On me proposait de partager une production locale d’énergie verte et de conclure un contrat d’approvisionnement collectif, mais sous la roche, je devinais l’anguille tapie dans l’attente d’asséner un coup fatal au vivre ensemble.

Faisant mine de rien, j’ai infiltré le groupe et suis désormais en mesure de vous révéler le nouveau communautarisme qui menace notre société et les dividendes des propriétaires de centrales. Il s’agit, en effet, ni plus ni moins, de créer un apartheid énergétique et d’organiser des quartiers en non-mixité énergétique. Un des signes de ce fait est l’ostracisme dont sont frappées les productions de nos centrales nucléaires de plus de cinquante ans, honteusement mises sur le carreau alors qu’elles ont, leur vie durant, œuvré au bien commun et à la prospérité de notre grande nation.

Bien entendu, cette communauté repliée sur elle-même entend tenir des assemblées générales loin des regards scrutateurs, et notamment de ceux qui savent que, dans l’ombre, l’ennemi guette. Des membres de l’Observatoire des fondamentalismes énergétiques ont ainsi été éconduits, tandis que des twittos influents ont vu leurs arguments et leur imprécations publiquement contrés.

Évidemment, ce communautarisme d’un genre nouveau aspire à vivre selon ses propres règles énergétiques, faisant primer des règles locales sur la loi de tous. C’est ainsi qu’a été évoquée la possibilité de déroger à la loi du marché, pour vendre l’électricité à un prix inférieur à celui providentiellement fixé par sa Main Invisible. Il s’agit, sans aucun doute, d’une tentative de saper les bases de nos démocraties et, pire encore, du capitalisme ! Il est évident que la logique des accommodements raisonnables ne pourrait ici aboutir qu’à un relativisme vis-à-vis des valeurs fondamentales de nos sociétés, au premier rang desquelles, l’appât du gain.

Ce qui avance à pas de loups, sous les dehors innocents d’une production et d’une consommation locales d’énergie verte, c’est le développement d’un entre-soi énergétique qui ne peut aboutir qu’à un électro-fascisme, à mille lieues des valeurs d’ouverture, d’égalité et de rentabilité du marché de l’énergie instauré au prix de dures luttes par les pères fondateurs de notre réseau électrique.

Il faut rappeler avec force que seuls les individus existent et que toute tentative de collectivisation communautariste est un péril considérable. Songeons aux actionnaires des grands producteurs et fournisseurs d’énergie, à leur angoisse de se voir privés d’une partie de leurs dividendes alors qu’il est de plus en plus difficile de payer le chauffage de sa piscine ! Sous couvert de produire de l’énergie, ces communautés se forgent en ennemis intérieurs et foulent aux pieds nos intérêts les plus sacrés !

Debout, abonnés du gaz ! Aux armes, consommateurs d’électricité ! L’ennemi est parmi nous !


[1Ils roulaient à vélo et ne portaient pas de cravate.

Anathème


Auteur

Autrefois roi des rats, puis citoyen ordinaire du Bosquet Joyeux, Anathème s’est vite lassé de la campagne. Revenu à la ville, il pose aujourd’hui le regard lucide d’un monarque sans royaume sur un Royaume sans… enfin, sur le monde des hommes.
Son expérience du pouvoir l’incite à la sympathie pour les dirigeants et les puissants, lesquels ont bien de la peine à maintenir un semblant d’ordre dans ce monde qui va à vau-l’eau.