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La chasse à la souris

Numéro 2 février 2014 par Joëlle Kwaschin

février 2014

Le chat lève une pau­pière, la sou­ris lui passe sous le nez, déjà il se ren­dort. Elle se glisse sous le divan pour aller man­ger les cro­quettes qu’elle y a plan­quées. Le vété­ri­naire recom­mande chau­de­ment une marque que l’on ne trouve que dans les maga­sins spé­cia­li­sés où les cro­quettes pour chat occupent tout un mur qui […]

Le chat lève une pau­pière, la sou­ris lui passe sous le nez, déjà il se ren­dort. Elle se glisse sous le divan pour aller man­ger les cro­quettes qu’elle y a plan­quées. Le vété­ri­naire recom­mande chau­de­ment une marque que l’on ne trouve que dans les maga­sins spé­cia­li­sés où les cro­quettes pour chat occupent tout un mur qui voi­sine avec celui des­ti­né aux chiens. Si je pou­vais, dit-il, j’en don­ne­rais à mon père qui a quatre-vingt-cinq ans, elles sont par­fai­te­ment équi­li­brées. Pre­nez la varié­té « chat âgé avec accès à l’extérieur ».

Le chat et la sou­ris vivent en bonne intel­li­gence : ils s’ignorent. Mais elle devient enva­his­sante. Qu’elle dérobe au chat sa nour­ri­ture, soit, mais elle vole à la cui­sine. Mets du poi­son. Ah, non, c’est cruel et puis, c’est tout de même la cuisine.

Il retrouve un vieux piège rouillé, l’arme. Deux ou trois jours, la sou­ris se régale. Un soir, clac dans la cui­sine. Il se lève, c’est un bou­lot d’homme, même s’il sou­tient tous les oppri­més dans leurs com­bats, fussent-elles des femmes. Il revient, le visage chif­fon­né, elle n’est pas tout à fait morte. Cer­tains comme l’homme à la cloche, de Lewis Car­roll, partent à la chasse au Snark, d’autres, modestes et réa­listes, se contentent de sou­ris. Sou­ris sui­vante natu­rel­le­ment, chaque soir, il met de géné­reuses croutes de bon Can­tal. Le matin, il s’arrange pour être le pre­mier à la cui­sine pour rele­ver les pièges. Cette besogne de trap­peur est de la res­pon­sa­bi­li­té du mâle qui veut épar­gner le moindre désa­gré­ment à sa com­pagne ravie d’être une petite chose fra­gile pour­vu que cela lui évite les corvées.

L’air heu­reux, il revient, c’est une maline, la petite sou­ris, elle net­toie le piège et ne se laisse pas prendre. Il sourit.

Joëlle Kwaschin


Auteur

Licenciée en philosophie