Skip to main content
logo
Lancer la vidéo

L’emploi des travailleurs étrangers : des chiffres qui posent question

Numéro 11 Novembre 2009 par Dock

novembre 2009

Depuis quelques mois, la crise frappe dou­lou­reu­se­ment. Elle se marque notam­ment par une forte mon­tée du chô­mage qui pour­rait se pour­suivre encore tout au long de l’année 2010. Une ana­lyse détaillée des chiffres du chô­mage et de l’emploi, sous l’angle de l’égalité. Les enquêtes Euro­stat pro­posent des infor­ma­tions chif­frées en dis­tin­guant pour chaque pays trois […]

Depuis quelques mois, la crise frappe dou­lou­reu­se­ment. Elle se marque notam­ment par une forte mon­tée du chô­mage qui pour­rait se pour­suivre encore tout au long de l’année 2010.

Une ana­lyse détaillée des chiffres du chô­mage et de l’emploi, sous l’angle de l’égalité.

Les enquêtes Euro­stat pro­posent des infor­ma­tions chif­frées en dis­tin­guant pour chaque pays trois caté­go­ries de per­sonnes : les natio­naux, les res­sor­tis­sants de l’UE des Vingt-Sept et les res­sor­tis­sants hors Union euro­péenne. Pour ces dif­fé­rents groupes est cal­cu­lé le taux d’emploi1.

Pour l’Europe des Quinze dans son ensemble, le taux d’emploi est signi­fi­ca­ti­ve­ment dif­fé­rent pour les natio­naux et pour les per­sonnes non euro­péennes. L’écart moyen est d’environ 10%. Mais il est frap­pant de consta­ter qu’avec un taux d’emploi de 38,1% pour les per­sonnes hors UE-Vingt-Sept, la Bel­gique est le plus mau­vais élève de la classe. Elle garde même cette der­nière place lorsque les com­pa­rai­sons sont éta­blies avec les vingt-six autres membres actuels de l’Union euro­péenne. La situa­tion n’est guère brillante non plus chez nos proches voi­sins que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Mais en Bel­gique, elle est tout sim­ple­ment désastreuse.

Lorsque le focus est bra­qué sur le chô­mage, la même situa­tion regret­table appa­raît. Tou­jours pour 2007, le taux de chô­mage des natio­naux en Bel­gique était de 6,8%. Pour les per­sonnes de natio­na­li­té non euro­péenne, il était de 29,6%, soit un taux presque quatre fois plus important.

Pour la bonne com­pré­hen­sion du tableau ci-des­sus, il convient de noter que les per­sonnes natu­ra­li­sées se retrouvent dans la caté­go­rie des natio­naux. Et l’insertion sur le mar­ché du tra­vail n’est bien sûr pas qu’un pro­blème de natio­na­li­té. Comme nous le ver­rons plus loin, plu­sieurs études2 montrent ain­si que les per­sonnes natu­ra­li­sées ren­contrent davan­tage de dif­fi­cul­tés à trou­ver un emploi. 

Taux d’emploi (2007)
Bel­gique UE-15 Min UE-15 Max UE-15 Alle­magne France Pays-Bas
Natio­naux 62,9% 67,4% 58,1% (It) 78,3% (Dk) 70,9% 65,3% 76,7%
UE-27 61,2% 69,4% 61,2% (Be) 75,9% (UK) 68,1% 65,9% 75,5%
Hors UE-27 38,1% 58,1% 38,1% (Be) 71,7% (It) 49,6% 46,2% 50,3%

Un problème de qualification ?

Les chiffres mis en avant plus haut indis­posent. Et la recherche d’explications s’impose. La situa­tion des non-natio­naux sur le mar­ché de l’emploi serait-elle due à un manque de qua­li­fi­ca­tions ? Là encore, l’enquête euro­péenne apporte des élé­ments de réponse. Trois groupes sont dis­tin­gués, res­pec­ti­ve­ment les peu, les moyen et les haut qua­li­fiés3. On sait que le risque de chô­mage en Bel­gique aug­mente d’autant plus que le diplôme est peu éle­vé. Pour les peu qua­li­fiés, le taux de chô­mage des Belges est d’environ 10% en 2007. Pour les étran­gers (hors UE-Vingt-Sept) peu qua­li­fiés, le chiffre est plus du double. Et le même constat vaut pour les deux autres groupes. Le taux de chô­mage est d’un peu plus de 6% pour les Belges avec une qua­li­fi­ca­tion moyenne, mais il passe à plus de 15% pour les étran­gers. Pour les per­sonnes hau­te­ment diplô­mées, les étran­gers subissent un taux de chô­mage de 10% contre moins de 3% pour les Belges.

L’excellent der­nier rap­port du Conseil cen­tral de l’économie4 men­tionne des don­nées construites à par­tir d’une étude de la Fon­da­tion Roi Bau­douin et du Centre pour l’égalité des chances (2008). Cette recherche met en évi­dence « qu’avec un diplôme de l’enseignement supé­rieur, les Belges d’origine étran­gère ont deux fois plus de pro­ba­bi­li­tés de se retrou­ver au chô­mage que les Belges autoch­tones, les Turcs et les Maro­cains six fois plus et les autres étran­gers hors UE quatre fois plus. Cette étude attire l’attention sur la sur­re­pré­sen­ta­tion des étran­gers dans des sous-sec­teurs d’activités pré­sen­tant des emplois les moins valo­ri­sés5 » (CCE).

Le concept d’ethno-stratification est évo­qué pour décrire la situa­tion sur le mar­ché de l’emploi en Belgique.

Les dif­fi­cul­tés d’insertion des per­sonnes d’origine étran­gère sur le mar­ché de l’emploi ne sont donc pas qu’un pro­blème de manque de qua­li­fi­ca­tion. Des dis­cri­mi­na­tions, des ques­tions de men­ta­li­té inter­viennent encore trop sou­vent. Dif­fé­rents acteurs sont concer­nés : les employeurs, les tra­vailleurs, mais aus­si les clients.

Quelles réponses ?

Trop nom­breux sont les employeurs qui sont réti­cents à enga­ger des tra­vailleurs étran­gers. Tan­tôt, ils craignent une réac­tion néga­tive de leurs clients. Tan­tôt, ils fonc­tionnent sur la base de pré­ju­gés et consi­dèrent que mal­gré les diplômes, les tra­vailleurs issus de cer­tains pays n’ont pas le même niveau de com­pé­tences que les autochtones.

Mais la res­pon­sa­bi­li­té n’est pas le seul fait des patrons. Le racisme est aus­si pré­sent dans le chef de cer­tains tra­vailleurs. Eux aus­si ont par­fois des pré­ju­gés et rechignent à tra­vailler avec des per­sonnes d’origine étran­gère. Sur ce ter­rain, les syn­di­cats, à tra­vers notam­ment des pro­ces­sus d’éducation per­ma­nente ont un rôle à jouer pour bri­ser cer­taines méfiances : celles de voir son emploi ou ses condi­tions de tra­vail mena­cés. Ou bien encore com­battre cer­tains pré­ju­gés enten­dus par­fois dans des col­lec­tifs de tra­vailleurs tels que « Les tra­vailleurs rou­mains, il ne faut pas faire confiance à leurs diplômes. Ils n’ont pas les com­pé­tences nécessaires ».

Grâce aux efforts de sen­si­bi­li­sa­tion, à l’attention por­tée à la ques­tion de la diver­si­té, des pro­grès se des­sinent timi­de­ment. Mais le che­min à par­cou­rir est encore long et l’effort est plus que jamais à poursuivre.

Pour les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, il faut agir acti­ve­ment contre les dis­cri­mi­na­tions lors de l’embauche clas­sique, mais aus­si dans d’autres situa­tions telles que les stages, le tra­vail en alter­nance, les contrats tem­po­raires, le tra­vail inté­ri­maire et le tra­vail des étu­diants. Il faut sti­mu­ler la mise en place de plans d’action en faveur de la diver­si­té. Pour ce faire, il s’agit de réa­li­ser conjoin­te­ment, à l’initiative des repré­sen­tants patro­naux et syn­di­caux, des efforts concrets pour éli­mi­ner lorsqu’elles existent les résis­tances de la part des tra­vailleurs en place.

Dans les sec­teurs et les entre­prises, des plans d’action doivent être conclus avec des objec­tifs chif­frés pour l’embauche de tra­vailleurs de dif­fé­rents groupes cibles, dont les per­sonnes d’origine étran­gère. Les pro­messes sans enga­ge­ment sont vaines. Des accords pré­voyant un sui­vi, une éva­lua­tion et si néces­saire, des sanc­tions, sont lar­ge­ment préférables.

En matière de for­ma­tion, une autre piste concrète est de cibler davan­tage les efforts en faveur des groupes dits à risque à par­tir de la coti­sa­tion ad hoc de 0,10%.

L’égalité a tout à y gagner.

  1. Selon les conven­tions euro­péennes, le taux d’emploi est le pour­cen­tage des per­sonnes qui à l’intérieur du groupe des 15 – 64 ans dis­pose effec­ti­ve­ment d’un emploi.
  2. Voir notam­ment l’étude de la Fon­da­tion Roi Bau­douin et le Centre pour l’égalité des chances, Débats belges pour une poli­tique migra­toire, facts and figures, février 2008. 
  3. Les peu qua­li­fiés ont au plus un diplôme de l’enseignement secon­daire infé­rieur. Les moyen qua­li­fiés ont un diplôme de l’enseignement secon­daire supé­rieur. Et les haut qua­li­fiés sont diplô­més de l’enseignement supérieur.
  4. Conseil cen­tral de l’économie, « Rap­port tech­nique du secré­ta­riat sur les marges maxi­males dis­po­nibles pour l’évolution du coût sala­rial », 4 novembre 2008, Bruxelles.
  5. Essen­tiel­le­ment l’horeca, le com­merce et le net­toyage industriel.