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L’Amérique latine à la croisée des chemins

Numéro 5 - 2018 - Amérique latine Amériques par Xavien Dupret François Reman

août 2018

L’Amérique latine a‑t‑elle lou­pé l’opportunité de réa­li­ser le grand bond en avant que bien des com­men­ta­teurs lui pré­di­saient il y a quelques années ? Avec l’enracinement de la paix et de la démo­cra­tie, une conjonc­ture éco­no­mique favo­rable et des poli­tiques publiques volon­ta­ristes, la tra­jec­toire des pays d’Amérique latine ne pou­vait appa­rem­ment que les rap­pro­cher des pays d’Europe […]

Dossier

L’Amérique latine a‑t-elle lou­pé l’opportunité de réa­li­ser le grand bond en avant que bien des com­men­ta­teurs lui pré­di­saient il y a quelques années ? Avec l’enracinement de la paix et de la démo­cra­tie, une conjonc­ture éco­no­mique favo­rable et des poli­tiques publiques volon­ta­ristes, la tra­jec­toire des pays d’Amérique latine ne pou­vait appa­rem­ment que les rap­pro­cher des pays d’Europe occi­den­tale et d’Amérique du Nord. Ce mou­ve­ment de conver­gence se mani­fes­tait tant sur le plan poli­tique, avec la mon­tée de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive et le res­pect gran­dis­sant des droits de l’homme, qu’économique avec la créa­tion du Mer­co­sur (cal­qué en par­tie sur le modèle du mar­ché com­mun euro­péen). La crois­sance des PIB d’un cer­tain nombre de pays de la région, depuis le milieu des années 2000, inci­tait éga­le­ment à l’optimisme.

L’hypothèse de départ qui ser­vi­ra de fil conduc­teur à ce dos­sier pos­tule qu’une rup­ture est inter­ve­nue dans cette tra­jec­toire. Cette remise en cause témoigne de l’épuisement en der­nière ins­tance d’un modèle de gou­ver­nance ain­si que d’une crise de la repré­sen­ta­tion poli­tique que les gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes n’ont pas été en mesure d’anticiper quand ils ne l’ont pas ali­men­tée par des pra­tiques népo­tistes et clien­té­listes. Les gauches au pou­voir ont, en effet, per­du de nom­breux scru­tins (élec­tions pré­si­den­tielles en Argen­tine, Chi­li et Colom­bie, légis­la­tives au Vene­zue­la, réfé­ren­dum en Boli­vie). Au Bré­sil, Dil­ma Rous­seff a été évin­cée du pou­voir à la suite d’une pro­cé­dure de des­ti­tu­tion qui maquille à peine ce qu’il faut à l’évidence qua­li­fier de coup d’État ins­ti­tu­tion­nel. Quant au Vene­zue­la, il s’enfonce dans une crise éco­no­mique, poli­tique et huma­ni­taire qui trouve ses causes, outre l’intransigeance du pou­voir en place et l’implacable oppo­si­tion de Washing­ton, dans l’effondrement des prix du pétrole, la prin­ci­pale source de reve­nus ali­men­tant les poli­tiques sociales mises en place par Hugo Chá­vez. Tout le conti­nent est, en réa­li­té, son­né par le choc de la baisse du cours des matières pre­mières. Cette dégra­da­tion struc­tu­relle ali­mente des coupes claires dans les pro­grammes de redis­tri­bu­tion sociale et pose les bases d’un mécon­ten­te­ment grandissant.

La per­ma­nence au pou­voir des gou­ver­ne­ments de gauche, se carac­té­ri­sant tous peu ou prou par une volon­té de rup­ture avec le consen­sus de Washing­ton des années 1980 et 1990 et à contra­rio par la réha­bi­li­ta­tion du dis­cours néo voire post­key­né­sien dans la région1, était dia­chro­ni­que­ment en phase avec la hausse du cours des matières pre­mières. Cette conjonc­ture a per­du­ré jusqu’en 2014. Depuis, la baisse des cours a lar­ge­ment mis en évi­dence une pri­ma­ri­sa­tion et un sta­tut péri­phé­rique des éco­no­mies du sous-conti­nent, aux anti­podes d’un effet de rat­tra­page que la lit­té­ra­ture spé­cia­li­sée devi­nait, plus qu’elle ne dis­cer­nait, in illo tem­pore. De sur­croit, les éco­no­mies locales ont sur­tout connu une aug­men­ta­tion de leurs PIB à par­tir des années 2000 après la décen­nie per­due des années 1990 mar­quées par l’application de plans d’ajustement struc­tu­rels qui ont conduit à des crises éco­no­miques pro­fondes. Il convient donc de rela­ti­vi­ser la por­tée réelle de cette période de regain de la crois­sance. Ces crises consti­tuent le cadre macroé­co­no­mique de fond de l’arrivée au pou­voir des gou­ver­ne­ments de centre gauche.

Si cet épui­se­ment des pou­voirs de gauche n’est fina­le­ment pas sur­pre­nant et s’inscrit dans la fra­gi­li­té struc­tu­relle de la région, résul­tant de la dépen­dance aux expor­ta­tions de matières pre­mières, la réémer­gence de pra­tiques auto­ri­taires dans le chef de cer­tains gou­ver­ne­ments ne cesse, par contre, d’inquiéter, qu’il s’agisse du contour­ne­ment de l’Assemble légis­la­tive (aux mains de l’opposition) par Nicolás Madu­ro au Vene­zue­la ou de l’écrasement de la contes­ta­tion sociale (deux-cents morts en deux mois) au Nica­ra­gua par le couple pré­si­den­tiel Daniel Orte­ga-Rosa­rio Murillo. Le « coup d’État par­le­men­taire » contre Dil­ma Rous­seff au Bré­sil démontre, pour sa part, une fra­gi­li­sa­tion des pro­ces­sus démo­cra­tiques com­men­cés il y a de cela plus de trente ans. On relè­ve­ra que des pro­cé­dures simi­laires ont été entre­prises, peut-être en guise de répé­ti­tion géné­rale, au Hon­du­ras en 2009 et au Para­guay en 2012.

Cette bifur­ca­tion poli­tique est, sans nul doute, la consé­quence des coups de force ins­ti­tu­tion­nels éma­nant d’acteurs tra­di­tion­nels qui n’acceptent pas que leur rente de situa­tion et leurs pri­vi­lèges éco­no­miques et sociaux se voient mena­cés, même (très) par­tiel­le­ment par des équipes fina­le­ment réfor­mistes. En tout état de cause, un cer­tain nombre de déve­lop­pe­ments récents montrent une nette ten­dance au dur­cis­se­ment de la rela­tion des auto­ri­tés envers les mou­ve­ments sociaux. Les cas de San­tia­go Mal­do­na­do et de Mila­gro Sala (Argen­tine) sont encore peu connus en Europe occi­den­tale. Ils témoignent clai­re­ment d’une volon­té de l’actuel gou­ver­ne­ment argen­tin de dur­cir le ton avec les acti­vistes mili­tant au sein du mou­ve­ment des abo­ri­gènes (prin­ci­pa­le­ment mapuches et qui­chuas) en lutte pour l’accès à la terre dans un contexte de mon­tée du sec­teur minier.

Ce dos­sier intè­gre­ra ces constats et les pose­ra en dis­cus­sion. Le fil conduc­teur du débat consis­te­ra à remettre en ques­tion la notion d’émergence à la lumière de ces dif­fé­rents faits qu’il convient, bien enten­du, d’interpréter en termes de rup­ture, mais aus­si de conti­nui­té avec les poli­tiques des gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes anté­rieurs qui ont récem­ment repas­sé la bride du char de l’État à des forces bien plus conservatrices.

C’est ain­si que le dos­sier s’ouvre par un article de Laurent Del­court qui détaille les tenants et les abou­tis­sants de la crise poli­tique au Bré­sil, pays dont la situa­tion est, avec le Vene­zue­la, la plus pré­oc­cu­pante. L’auteur revient sur trois fac­teurs qui ont posé les fon­de­ments de cet état de choses. Il s’agit, en l’occurrence, de la rup­ture du pacte social mis en place par Lula, ampli­fiée par une crise éco­no­mique, sociale et ins­ti­tu­tion­nelle d’une excep­tion­nelle gra­vi­té sur fond de vague conser­va­trice. Cette der­nière est révé­la­trice de la crise que tra­versent actuel­le­ment les gauches, sociales et poli­tiques, laquelle cor­res­pond à un chan­ge­ment socio­po­li­tique et cultu­rel pro­fond dans la socié­té bré­si­lienne. L’onde réac­tion­naire tra­ver­sant, pour l’heure, la socié­té bré­si­lienne est incon­tes­ta­ble­ment le signe d’une perte de contrôle du ter­rain des acteurs pro­gres­sistes au pro­fit de droites mili­tantes se mon­trant, pour le coup, plus aptes à cap­ter les res­sen­ti­ments de la rue. En termes d’émancipation col­lec­tive et indi­vi­duelle, ce cycle poli­tique ne per­met guère un pro­ces­sus qui concré­ti­se­rait les pro­messes de pleine et entière acces­sion des socié­tés concer­nées à la modernité.

Mais la crise bré­si­lienne s’insère dans une dyna­mique de chan­ge­ment que l’on observe dans d’autres pays. S’il est sans doute impru­dent de par­ler de fin de cycle tant les réa­li­tés poli­tiques dif­fèrent d’un pays à l’autre, Fer­nan­do Alvear Atla­gich met en évi­dence les défi­ciences clas­siques de tous les gou­ver­ne­ments lati­no-amé­ri­cains, à savoir l’incapacité à trans­for­mer et diver­si­fier la matrice pro­duc­tive. Cette limi­ta­tion struc­tu­relle ren­force le carac­tère d’économies dépen­dantes à l’égard des pays cen­traux et enferme les pays de la région dans un rôle de pour­voyeurs de matières pre­mières qui importent en retour des biens manu­fac­tu­rés. L’auteur ali­mente sa réflexion par l’analyse minu­tieuse des dyna­miques poli­tiques des pays de la région.

Xavier Dupret appro­fon­dit la réflexion en pré­sen­tant une ana­lyse struc­tu­relle des évo­lu­tions éco­no­miques lati­no-amé­ri­caines depuis l’an 2000 jusqu’à nos jours. L’auteur repère l’existence de deux cycles éco­no­miques dis­tincts dans la région depuis une petite ving­taine d’années. Il iden­ti­fie éga­le­ment deux périodes contras­tées pour ce qui est des taux de crois­sance. Ils sont étroi­te­ment cor­ré­lés à la crois­sance chi­noise et donc à la demande pour les matières pre­mières éma­nant de l’Empire du Milieu. Dès le départ, l’hypothèse de l’émergence s’avérait struc­tu­rel­le­ment viciée puisque l’absence d’une dyna­mique consis­tante d’industrialisation enfer­mait l’Amérique (dite) latine dans un rôle péri­phé­rique bien connu des théo­ri­ciens de la dépendance.

Pour Fran­çois Reman et Xavier Dupret, l’ambition démo­cra­tique de l’Amérique latine souffre depuis l’indépendance des nou­velles répu­bliques des mêmes maux, c’est-à-dire la volon­té des élites locales de main­te­nir un sta­tu­quo qui voit leurs pri­vi­lèges pré­ser­vés. Des forces poli­tiques contes­ta­taires et plé­béiennes tentent régu­liè­re­ment, dans ce contexte par­ti­cu­lier, d’affronter la rigi­di­té de ces struc­tures pro­fon­dé­ment inéga­li­taires quitte à mettre en œuvre un nou­vel ordre démo­cra­tique de type hégé­mo­nique tel qu’appréhendé et défi­ni par le lati­no-amé­ri­ca­niste Alain Rou­quié2. Les deux auteurs repèrent la concur­rence de deux pro­jets démo­cra­tiques dis­tincts au sein des pays lati­no-amé­ri­cains. Les élites tra­di­tion­nelles misent sur un modèle démo­cra­tique libé­ral clas­sique qui vise à pro­té­ger les liber­tés indi­vi­duelles et à limi­ter le plus pos­sible la sphère d’action de l’État aux seuls pou­voirs réga­liens. Pour leur part, les classes popu­laires, comme dans d’autres contextes post­co­lo­niaux, estiment que la démo­cra­tie est davan­tage une affaire d’accès à cer­tains biens de consom­ma­tion, à l’éducation, à la san­té et au déve­lop­pe­ment. Ce fai­sant, l’émergence, conçue comme un ali­gne­ment sur les pro­ces­sus poli­tiques en vigueur en Europe occi­den­tale et en Amé­rique du Nord, relève plus que jamais du fantasme.

Sebas­tián San­tan­der conclut ce numé­ro en abor­dant la ques­tion de l’intégration régio­nale à l’heure du retour des droites dans cer­tains pays et de l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Avec l’arrivée au pou­voir de gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes, il y a une quin­zaine d’années, le conti­nent a vu émer­ger des ini­tia­tives col­lec­tives dont la variable fédé­ra­tive domi­nante, nous dit l’auteur, n’était plus le libé­ra­lisme éco­no­mique et com­mer­cial. Tou­te­fois, cer­tains acteurs lati­no-amé­ri­cains ne se sont pas retrou­vés dans les fon­de­ments concep­tuels de ces pro­jets et ont déci­dé de s’organiser pour don­ner nais­sance à des blocs régio­naux alter­na­tifs. Le bras de fer en cours autour des orga­ni­sa­tions régio­nales trouve sa prin­ci­pale illus­tra­tion dans l’opposition qui met aux prises les membres de l’Alliance du Paci­fique et ceux tant de l’Alba que du Mer­co­sur. De ce point de vue, le retour de la droite au pou­voir dans cer­tains pays pour­rait favo­ri­ser l’émergence d’un agen­da d’intégration régio­nale beau­coup plus libé­ral basé sur des méga-accords de libre-échange ou une for­mule d’intégration telle que pré­co­ni­sée par l’Alliance du Paci­fique. Enfin, les incer­ti­tudes liées à la poli­tique étran­gère de Washing­ton forcent les éco­no­mies lati­no-amé­ri­caines à accé­lé­rer la coopé­ra­tion régio­nale et mul­ti­la­té­rale avec des acteurs extra­ter­ri­to­riaux tels que la Chine ou l’Union euro­péenne, moins impré­vi­sibles que les États-Unis.

Ce point reste, cepen­dant, ouvert à dis­cus­sion. L’élection du très conser­va­teur Iván Duque à la tête de la Répu­blique colom­bienne n’ira pas sans un rap­pro­che­ment avec les États-Unis, des­ti­na­tion du pre­mier voyage à l’étranger du nou­veau pré­sident colom­bien. À ce sujet, la presse de réfé­rence en Colom­bie signa­lait que le nou­veau chef d’État entre­tien­drait une rela­tion des plus étroites à l’avenir avec la Mai­son Blanche3. Dans le même ordre d’idées, le poli­to­logue argen­tin Juan Gabriel Tokat­lian, peu connu pour d’éventuelles sym­pa­thies de gauche radi­cale, fai­sait remar­quer à un quo­ti­dien argen­tin de réfé­rence que Bue­nos Aires « avait adop­té une poli­tique exté­rieure chaque jour davan­tage ali­gnée sur les États-Unis » depuis l’élection de Mau­ri­cio Macri à la tête de l’État4. À titre davan­tage pros­pec­tif, on men­tion­ne­ra que l’actuel lea­deur dans les son­dages rela­tifs aux pro­chaines élec­tions pré­si­den­tielles au Bré­sil, le can­di­dat d’extrême droite Jair Bol­so­na­ro, a effec­tué, il y a quelques mois, une tour­née à l’étranger qui est pas­sée par… Taï­wan5. La chose a, comme on pou­vait s’y attendre, for­te­ment irri­té Pékin6.

En fin de compte, l’Amérique latine se trouve donc bel et bien à la croi­sée des che­mins. La région, dans son ensemble, désire indé­nia­ble­ment conti­nuer à s’inscrire dans le jeu de la mon­dia­li­sa­tion, mais peine à soi­gner des maux qui sont loin d’être uni­que­ment conjonc­tu­rels. Au contraire, ceux-ci révèlent la fra­gi­li­té des sys­tèmes poli­tiques et, plus fon­da­men­ta­le­ment, des modèles d’accumulation en vigueur depuis les indé­pen­dances. Ce fai­sant, la résis­tance au chan­ge­ment des élites tra­di­tion­nelles s’exprime bien trop sou­vent par la défense du sta­tu­quo. Et peu importe, en défi­ni­tive, qu’il s’avère géné­ra­teur d’inégalités et d’instabilité à moyen terme.

Dans cette optique, un appro­fon­dis­se­ment de la rela­tion avec Washing­ton pour­rait deve­nir l’orientation domi­nante des gou­ver­ne­ments issus de la vague conser­va­trice. Cette évo­lu­tion poli­tique, si elle vient à se confir­mer, ne cor­res­pond pas à l’hypothèse d’émergence for­mu­lée il y a déjà quelques années. Presque une éternité.

  1. Sur le tour­nant à gauche en Amé­rique latine et la redé­fi­ni­tion du rôle de l’État, voir les dos­siers de La Revue nou­velle, « Amé­rique latine, Que tal ? », n° 11, novembre 2006 et « Amé­rique latine. Ava­tars de l’État démo­cra­tique », n° 12, décembre 2013.
  2. Rou­quié A., Le siècle de Perón, Seuil, Paris, 2016.
  3. El Tiem­po, édi­tion mise en ligne du 30 juin 2018.
  4. La Nación, édi­tion mise en ligne du 31 mai 2018.
  5. O Glo­bo, édi­tion mise en ligne du 14 mars 2018.
  6. Gazet­ta Do Povo, édi­tion mise en ligne du 9 mars 2018.

Xavien Dupret


Auteur

chercheur auprès de l’association culturelle Joseph Jacquemotte et doctorant en économie à l’université de Nancy (France)

François Reman


Auteur

François Reman est licencié en journalisme et diplômé en relations internationales. Il entame sa carrière professionnelle en 2003 en tant que chargé de communication à la FUCID, l’ONG de coopération au développement de l’Université de Namur. Il y assumera rapidement le rôle de responsable des activités d’éducation au développement. En 2010, il s’envole pour le Chili où il travaillera comme journaliste correspondant pour La Libre Belgique et le Courrier. De retour en Belgique en 2013, il est engagé au MOC comme attaché de presse et journaliste pour la revue Démocratie. En 2014, il devient attaché de presse de la CSC. En dehors de ses articles pour la presse syndicale, la plupart de ses publications abordent la situation politique en Amérique latine.