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En cheminant avec Joseph Comblin

Numéro 9/10 septembre/octobre 2014 - Brésil Église théologie par Paul Géradin

septembre 2014

Ce théo­lo­gien bel­go-bré­si­lien (1923 – 2011) fut à la fois socia­le­ment très enga­gé aux côtés des pauvres et reli­gieu­se­ment sou­cieux de par­ler vrai. Un recueil de textes de et en hom­mage à cette per­son­na­li­té mar­quante est sai­si ici comme amorce d’une réflexion sur la cré­di­bi­li­té des dis­cours com­mu­né­ment admis dans l’Église et, plus lar­ge­ment, sur le sens actuel du christianisme. 

Dossier

Alliant une for­ma­tion intel­lec­tuelle de haut niveau à une obser­va­tion atten­tive du deve­nir de l’histoire, Joseph Com­blin s’est enra­ci­né au Bré­sil. Ce prêtre y est deve­nu com­pa­gnon de route de mou­ve­ments popu­laires. Proche d’évêques enga­gés pour la jus­tice, il a par­ta­gé les aspi­ra­tions éman­ci­pa­trices aux­quelles le concile Vati­can II a cher­ché à répondre à la fin des années 1960. Mais il a aus­si vécu le repli conser­va­teur de l’Église catho­lique sous les pon­tifi­cats de Jean Paul II et Benoît XVI, dans un contexte qui était en pleine muta­tion aux dif­fé­rents éche­lons : mon­dial, avec la glo­ba­li­sa­tion du capi­ta­lisme ; lati­no-amé­ri­cain, avec la tran­si­tion d’une décen­nie de dic­ta­tures à la démo­cra­tie for­melle dans des socié­tés inéga­li­taires ; reli­gieux, avec la res­tau­ra­tion auto­ri­taire au sein du catho­li­cisme et le reflux cor­ré­la­tif des com­mu­nau­tés de base et de la théo­lo­gie de la libé­ra­tion vers les sectes évangéliques. 

Quatre textes récents de Com­blin et un ensemble d’articles de com­pa­gnons de route sont ras­sem­blés dans un ouvrage qui, à titre post­hume, fait écho à cet iti­né­raire d’un Belge en Amé­rique latine1. Ce recueil est à lire, mais mérite mieux qu’un compte ren­du. Il est en effet l’occasion de faire émer­ger la ques­tion à la fois déci­sive et refou­lée dans les débats intra­ca­tho­liques d’aujourd’hui. Celle-ci se situe bien en amont des néces­saires réformes ins­ti­tu­tion­nelles et des dis­cus­sions média­ti­sées sur le céli­bat des prêtres, le mariage des divor­cés et
tut­ti quan­ti. La voi­ci : le chris­tia­nisme est-il — oui, non et à quelles conditions
 — sus­cep­tible d’apporter une contri­bu­tion signifi­ca­tive à l’architecture du sens qui se cherche confu­sé­ment en ce début du XXIe siècle ? Tout sim­ple­ment : que
dire, que pen­ser, qu’imaginer ?

Lais­sons au per­son­nage cen­tral le com­men­taire du titre de l’ouvrage, à par­tir d’une confé­rence qui sera au cœur de cet expo­sé. « Pro­phète » : le chris­tia­nisme arrive à sa phase finale, le pro­blème c’est l’après (p. 28 – 29). « Théo­lo­gien » : non point idéo­logue offi­ciel de l’Église, mais décryp­teur de ce en quoi consiste réel­le­ment la per­ma­nence de l’évangile de Jésus (p. 37). « Ami des pauvres » : ceux dont on ne parle jamais dans les livres d’histoire (p. 32). 

1923 – 2011. Après avoir sui­vi en Bel­gique un cur­sus clas­sique, mais de qua­li­té, exer­cé des acti­vi­tés intel­lec­tuelles et pas­to­rales avec franc-par­ler, Com­blin avait deman­dé à par­tir en Amé­rique latine : il ne voyait plus d’avenir pour l’Église en Europe (p. 9). On était à la fin à des années 1950. On va com­prendre qu’il ne s’agissait nul­le­ment de fuite en avant d’un pas­teur déçu par la sécu­la­ri­sa­tion du Nord vers des pâtures exo­tiques, afri­caines ou lati­noa­mé­ri­caines, où l’herbe aurait été plus verte.


LA MORT DU CHRISTIANISME 

Soixante ans plus tard, le vicaire bruxel­lois est deve­nu théo­lo­gien bel­go­bré­si­lien : « Tou­te­fois, main­te­nant oui, je crois que le chris­tia­nisme arrive à sa phase finale » (p. 28). Ici, est mis en avant un défi uni­ver­sel. Point de repli vers une « réserve » au Sud. Ni renie­ment de la créa­ti­vi­té que le refl ux conser­va­teur de la hié­rar­chie catho­lique a mise sous le bois­seau à la fi n du XXe siècle.
« Il nous revient de vivre cet héri­tage : c’est un héri­tage qu’il faut main­te­nir, conser­ver pré­cieu­se­ment car rien de sem­blable ne va res­sur­gir » (p. 40). Ni res­tau­ra­tion ni nos­tal­gie des éclair­cies prin­ta­nières. Alors quoi ? « Ceci : chan­ger. Il faut chan­ger. La tra­di­tion doit ces­ser d’être l’idéologie du sys­tème romain : cela n’a pas d’avenir » (p. 39). 

Ce par­cours d’une foi qui cherche à com­prendre, on cher­che­ra ici à le res­sai­sir comme un « uni­ver­sel concret ». Il a été ali­men­té par une expé­rience essen­tielle, la lutte pour la jus­tice aux côtés des oppri­més, notam­ment dans la mou­vance des sans-terres du Bré­sil ; il s’est situé dans un contexte géo­gra­phique bien pré­cis. En même temps, on peut en dis­cer­ner une por­tée bien plus large dans une conver­gence signifi­ca­tive avec d’autres tra­jec­toires, « intra », mais aus­si « extra muros » de l’Église catho­lique, voire bien au-delà du chris­tia­nisme et même de l’univers religieux.

ÉVANGILE ET RELIGION

Pen­dant les der­nières années de son exis­tence théo­lo­gique, la réfl exion de Com­blin a de plus en plus été pola­ri­sée par une dis­tinc­tion entre « évan­gile2 » et « religion ». 

La reli­gion est inhé­rente à la nature de l’humanité. On cherche à expli­quer tout ce qui est incom­pré­hen­sible dans la condi­tion humaine par l’intervention d’êtres et d’entités sur­na­tu­relles exté­rieures à ce monde qui est le nôtre. Outre cette mytho­lo­gie, la reli­gion crée des rituels pour atti­rer les forces posi­tives et conju­rer les forces néga­tives. Et elle éta­blit une classe de gens pour ensei­gner sa mytho­lo­gie et gérer ses rites. Toutes les cultures ont leur reli­gion, avec des res­sem­blances très grandes entre les autres et le chris­tia­nisme, que la doc­trine offi­cielle a néan­moins pré­sen­té comme la seule vraie reli­gion en Occident. 

Or, Jésus n’a ni ensei­gné des doc­trines, ni ins­tau­ré des rites, ni orga­ni­sé un sys­tème de gou­ver­ne­ment. « Il s’est voué à annon­cer, à faire connaitre le Royaume de Dieu, c’est-à-dire un chan­ge­ment radi­cal de l’humanité entière sous tous ses aspects, un chan­ge­ment dont les auteurs seront les pauvres. Il s’adresse aux pauvres parce qu’il pense qu’eux seuls sont capables d’agir avec cette sin­cé­ri­té, la sin­cé­ri­té qu’il faut pour pro­mou­voir un monde nou­veau. Il y aurait donc là un mes­sage poli­tique, non pas au sens poli­tique qui pro­pose un plan, une méthode. Non, l’intelligence humaine suffi­ra. Mais poli­tique en tant que fina­li­té, car c’est là une orien­ta­tion don­née à l’humanité entière » (p. 29 – 30). 

Néan­moins, puisque l’être humain ne peut vivre sans reli­gion, la consé­cra­tion de Jésus en objet de culte s’est sub­sti­tuée au fait de le suivre. Com­blin retrace les étapes de cette trans­for­ma­tion, de l’administration non sacra­li­sée des pre­mières assem­blées chré­tiennes à la nais­sance de l’Église jusqu’à l’organisation de celle-ci sur un mode impé­rial. Cepen­dant, cette his­toire est tra­ver­sée par une contra­dic­tion per­ma­nente : d’une part, un pôle doc­tri­nal, sacra­men­tel, sacer­do­tal ; d’autre part, un pôle axé sur la per­cep­tion que « Jésus est venu pour que son che­min se révèle dans l’esprit des hommes et que nous le sui­vions » (p. 32). 

Dans cette « oppo­si­tion d’essence poli­tique », ce second pôle est res­té mino­ri­taire, tan­dis que la cris­tal­li­sa­tion doc­tri­nale et ins­ti­tu­tion­nelle s’est impo­sée dans l’Église catho­lique romaine, au prix d’acrobaties théo­lo­giques mon­trant que tout y a son ori­gine en Jésus (p. 33). 

Les reli­gions sont tou­jours asso­ciées à une culture. Quand elles res­tent cloi­trées sur leur pas­sé, on les aban­donne ou on les adapte. Le chris­tia­nisme n’a pas échap­pé à ce double mou­ve­ment. Les sys­tèmes de preuve inva­li­dés par l’état des sciences et les pra­tiques éloi­gnées de l’évolution du monde moderne ont mas­si­ve­ment été reje­tés. En même temps, l’édifice reli­gieux ratio­na­li­sé s’est effri­té au profit d’une dis­per­sion irra­tion­nelle de la pen­sée et de l’éclosion de groupes sans grande pro­jec­tion dans la vie sociale ou poli­tique (p. 53 – 54). 

L’Église catho­lique est au milieu de cette crise, y com­pris au Bré­sil qui a
choi­si le modèle de socié­té de l’Occident. « Cela signifie que la crise reli­gieuse va s’accélérer tou­jours plus, les popu­la­tions fidèles vont dimi­nuer jusqu’à dis­pa­raitre. Les futurs chré­tiens seront ceux qui auront été évan­gé­li­sés et qui vivront de l’évangile au milieu d’un monde étran­ger, éloi­gné de leurs valeurs. C’est le défi » (p. 63). 

Joseph Com­blin garde en mémoire l’émergence d’un « nou­veau fran­cis­ca­nisme » dans l’Église lati­no-amé­ri­caine des années 1970, notam­ment avec des évêques dans la mou­vance de Hel­der Cama­ra et Oscar Rome­ro, assas­si­né à la fin de la décen­nie. Il évoque les stra­té­gies d’étouffement de cette étape de vie évan­gé­lique. « Alors, qui va évan­gé­li­ser le monde d’aujourd’hui ? De mon point de vue, ce sont les laïcs. Déjà sont appa­rus de nom­breux petits groupes de jeunes qui pra­tiquent jus­te­ment un mode de vie beau­coup plus pauvre, libres de toute orga­ni­sa­tion exté­rieure, en contact per­ma­nent avec le monde des pauvres. Il en existe déjà, il y en aurait davan­tage s’ils étaient mieux connus. Cela pour­rait être une tâche auxi­liaire de la théo­lo­gie : faire connaitre ce qui se passe dans la réa­li­té, où l’on trouve, en ce moment, l’évangile vécu, pour que cela se sache, pour que ces groupes se connaissent mutuel­le­ment, car sinon ils peuvent se décou­ra­ger ou man­quer de pers­pec­tives. Une fois réunis, qu’ils consti­tuent des asso­cia­tions, dans le res­pect des ten­dances, des modèles spi­ri­tuels. Je n’attends pas grand-chose du cler­gé. Nous sommes donc dans une situa­tion his­to­rique nou­velle » (p. 40 – 41). 

BOITE DE PANDORE

Quel lan­gage peut être à la hau­teur de cette nou­veau­té ? « Les formes exté­rieures changent mais le sens, la valeur, le conte­nu sont tou­jours les mêmes » (p. 63). Cette per­ma­nence, le théo­lo­gien l’exprime ain­si : « L’évangile émane de Dieu et par consé­quent ne peut pas chan­ger. La reli­gion est une créa­tion humaine, par consé­quent elle peut et doit chan­ger en fonc­tion de l’évolution de la culture, des condi­tions de vie des peuples en géné­ral. […]. L’évangile se vit dans la vie concrète, maté­rielle, sociale. La reli­gion vit dans un monde sym­bo­lique. Tout y est sym­bo­lique : doc­trine, rites, prêtres. […] La réa­li­té de l’évangile est uni­ver­selle parce qu’elle ne porte aucune culture et n’est asso­ciée à aucune culture, à aucune reli­gion » (p. 33, les ita­liques sont de la rédaction). 

Cette for­mu­la­tion de Com­blin ne va pas sans une contra­dic­tion appa­rente : d’une part, l’évangile est cen­sé ne pas chan­ger parce qu’il émane de Dieu ; d’autre part, il se vit dans des for­ma­tions sociales en per­pé­tuel mou­ve­ment. Or, il me semble que cette contra­dic­tion révèle un talon d’Achille du rai­son­ne­ment, et ce à un triple titre. D’abord l’universalité et la per­ma­nence de l’évangile : que d’abus de savoir, de mani­pu­la­tions des consciences, voire de crimes pour la pro­cla­mer ; ensuite, le monde sym­bo­lique : les récits évan­gé­liques s’inscrivent eux-mêmes dans une construc­tion sym­bo­lique tout comme ils sont indis­so­ciables d’un contexte his­to­rique, enfin, Dieu, source de l’évangile : un tel recours à un sceau divin et son impres­sion sur une his­toire par­ti­cu­lière semblent à pre­mière vue contre­dire, ou du moins igno­rer les acquis de la pen­sée phi­lo­so­phique, des sciences de la nature et de la socié­té scien­tifique et de l’exégèse historico-critique.
« Dors-tu content, Vol­taire ? », s’est deman­dé Mus­set à pro­pos des requêtes de ce phi­lo­sophe des Lumières. Celui-ci s’était excla­mé : « Ô fond de la Boite de Pan­dore ! ô espé­rance où êtes-vous ? » Qu’en est-il ici ? 

TRIPLE FOND

Son espé­rance, l’Église semble aujourd’hui sur­tout la lier à la cohé­rence retrou­vée entre son mode de fonc­tion­ne­ment et les valeurs évan­gé­liques. Cepen­dant, par­mi ceux qui ont « mis la clé sous le paillas­son », mais sont en même temps atta­chés à l’esprit de l’évangile, beau­coup doutent que le nou­veau souffle atten­du soit sim­ple­ment sus­pen­du à un renou­veau pas­to­ral et ins­ti­tu­tion­nel. Quel que soit le reflux de la sécu­la­ri­sa­tion à l’heure de l’effondrement de la concep­tion moderne du pro­grès, ils s’interrogent sur la capa­ci­té de rayon­ne­ment d’une « nou­velle évan­gé­li­sa­tion » qui table sur l’émotion et la quête contem­po­raine d’identité sans prendre en compte ce qui reste à l’ordre du jour au cœur de l’héritage des Lumières : « Ose te ser­vir de ta rai­son » (Kant). En défi­ni­tive, au-delà de l’efficacité prag­ma­tique, c’est le sens audible parce que pen­sable du dis­cours chré­tien qui est en cause.
Dans cette optique, je ten­te­rai d’identifier et de dis­tin­guer diverses veines de réflexion qui s’entrecroisent dans les textes de Com­blin. Je les rap­por­te­rai à des strates dont on trouve les traces éparses dans la culture (post-) chré­tienne ambiante : docu­ments offi ciels, pré­di­ca­tion et caté­chèse, opi­nions expri­mées… Un tel repé­rage — ne dur­cis­sons pas le trait en par­lant de typo­lo­gie — a le mérite de cla­rifier des enjeux. Chaque direc­tion sera cam­pée sur la toile de fond d’une grande figure intel­lec­tuelle du XXe siècle enga­gée, à l’instar de Com­blin, dans les luttes de son époque pour un ordre social plus juste3.

Proposition

« L’évangile a été pro­cla­mé par Jésus. Il ne vient pas des êtres humains, il vient de Dieu, du Dieu qui vient à nous. L’évangile révèle un autre Dieu. […]. C’est le Dieu qui s’est fait homme, le Dieu qui vient par­ti­ci­per à la vie des êtres humains pour mener avec eux un chan­ge­ment pro­fond. À la place d’un royaume de mort et de des­truc­tion […], c’est un monde de jus­tice et de soli­da­ri­té qui va lui suc­cé­der, un monde régi par l’amour mutuel entre les humains » (p. 50). 

Au début du XXe siècle, témoin refu­sant la Pre­mière Guerre mon­diale et sym­pa­thi­sant avec le socia­lisme nais­sant, le grand théo­lo­gien pro­tes­tant Karl
Barth (1886 – 1968) avait aus­si mis en avant l’altérité de Dieu dont l’actualité du royaume met en ques­tion une socié­té injuste. Dans son Römer­brief (1919), il avait enta­mé la cri­tique d’un chris­tia­nisme affais­sé dans une pié­té sou­mise et la com­pro­mis­sion ins­ti­tu­tion­nelle avec l’ordre éta­bli. Mais il a accom­pli le ver­sant posi­tif de cette entre­prise en met­tant la logique de l’évangile en évi­dence au fil de l’élaboration d’une œuvre monu­men­tale, la Kirk­liche Dog­ma­tiek (1932 – 1960). Certes, Dieu est tout autre. Mais cette dif­fé­rence consiste en ce que sa divi­ni­té contient en elle la pleine huma­ni­té. Tel est le ren­ver­se­ment de pers­pec­tive qu’il s’agit d’annoncer. Non point véri­té abs­traite, mais bonne nou­velle qui met les humains en mou­ve­ment à la mesure de l’humanité de Dieu et non de leur huma­nisme à eux4.

Jésus : vrai Dieu de l’homme et vrai homme par­te­naire de Dieu. Par­ti­ci­per à sa vie, c’est entrer dans le mou­ve­ment que cette bonne nou­velle impulse sans étouf­fer sa per­pé­tuelle convo­ca­tion dans une sacra­li­sa­tion du pou­voir, une rigi­di­té morale, une phi­lo­so­phie géné­rale du deve­nir, le confor­misme politique… 

Barth a été en pre­mière ligne dans l’opposition au natio­nal-socia­lisme, en fon­dant son « nein » sur ses options théo­lo­giques. Remar­quable par sa puis­sance de syn­thèse et son souffle poé­tique, son œuvre est mar­quée par un para­doxe. Elle se carac­té­rise par une luci­di­té vigi­lante et géné­reuse quant aux impli­ca­tions éthiques, poli­tiques et ecclé­siales de l’annonce d’une divi­ni­té qui porte en elle l’humanité. L’Évangile pré­cède la loi ! En même temps, sur le plan de la connais­sance, plu­tôt que de s’adonner à la réfu­ta­tion des cri­tiques modernes de la vision chré­tienne de l’histoire du salut, Barth construit — trop faci­le­ment ? — une digue gran­diose. Tan­dis qu’une reli­gion cherche à se jus­tifier en réfé­rence à ce qui est (mora­le­ment, scien­tifi­que­ment) cré­dible pour une époque, c’est d’une affir­ma­tion inouïe pour tout sens com­mun, d’une révé­la­tion qu’il s’agit ici de recons­truire la logique interne. Selon le théo­lo­gien bâlois, on n’est pas dans l’ordre de la démons­tra­tion, mais de la réflexion à l’intérieur d’une his­toire qui se produit. 

Cette direc­tion du rai­son­ne­ment est aus­si à l’œuvre chez Com­blin. Avec un élan évan­gé­lique qui n’est pas étran­ger au fait qu’il n’œuvre pas sim­ple­ment pour les pauvres, mais a choi­si de vivre avec eux. Mais aus­si avec des ques­tions qui res­tent en sus­pens. Le dis­cours axé sur l’annonce du « kérygme »
 — Dieu est amour et se mani­feste en Jésus — s’est dif­fu­sé après Vati­can II. Mais pas tou­jours avec la même force. La pro­po­si­tion de la bonne nou­velle peut se dégra­der en ritour­nelle si elle n’est pas sous-ten­due par le sou­ci de com­prendre et l’authenticité de l’engagement.

Interprétation

Enga­gé, Die­trich Bon­hoef­fer (1906 – 1945), un autre théo­lo­gien pro­tes­tant, alle­mand, le fut contre le natio­nal-socia­lisme, jusqu’à l’emprisonnement et à la mort. Il a réflé­chi sur l’apport de Barth dans ses Lettres et notes de cap­ti­vi­té (1943 – 19455. Sa situa­tion l’amenait à appro­fon­dir les rai­sons de renon­cer à l’« hypo­thèse Dieu » des reli­gions : non seule­ment l’être humain auto­nome ose se ser­vir de sa rai­son, mais il est por­té par le désir de vivre à la recherche du bon­heur dans le monde et à la ren­contre de sa mort comme si Dieu n’existait pas (etsi Deus non dare­tur). En même temps, Bon­hoef­fer met en cause ce qu’il appelle le « posi­ti­visme de la révé­la­tion » de Barth. Celui-ci met en avant le Dieu de Jésus-Christ, mais se retranche der­rière l’explicitation des tenants et abou­tis­sants de cette annonce sans ouvrir de voie concrète pour une inter­pré­ta­tion non reli­gieuse, laïque, des notions bibliques. Il a beau témoi­gner magnifi­que­ment de ce que l’expérience de la trans­cen­dance, c’est la vie « entiè­re­ment pour les autres » de Jésus, cette affir­ma­tion reste une don­née de l’extérieur si elle ne se réflé­chit pas sur le ver­sant d’une huma­ni­té auto­nome. C’est en vivant plei­ne­ment la vie ter­restre qu’on par­vient à croire. Alors, que deviennent des notions comme la créa­tion, l’alliance, l’incarnation, la résur­rec­tion, etc. ? Selon Bon­hoef­fer, elles ont quelque chose à nous dire dans leur teneur « mytho­lo­gique ». Ce conte­nu inter­pe­lant n’est pas à rabo­ter en fonc­tion de telle ou telle phi­lo­so­phie qui convient. Il s’agit de s’y ouvrir, mais d’une manière qui ne sup­pose ni la reli­gion comme condi­tion de la foi ni la foi enten­due comme récep­tion d’une parole proposée. 

Joseph Com­blin a mené un tel tra­vail d’interprétation : « Com­ment expri­mer dans le lan­gage actuel l’évangile de Jésus de sorte qu’il puisse réel­le­ment pro­duire des fruits, don­ner la vie, créer un nou­veau monde, une nou­velle huma­ni­té ? » (p. 52). Voi­ci des exemples. La double nature — divine/humaine — de Jésus… « Mais qu’est-ce qu’une nature ? Un être humain n’est pas une nature ; un être humain, c’est une vie, c’est un pro­jet, c’est un défi ou c’est une lutte, c’est une vie en com­mun au milieu de tous les autres » (p. 31). Et que signifie l’Esprit saint ? « Nous ne pou­vons pas nous don­ner une vie nou­velle, nous ne pou­vons pas obte­nir par nous-mêmes cette vie nou­velle. […]. L’Esprit ins­taure en nous une nou­velle vie, une nou­velle éner­gie qui nous rend capables de faire des choses qui sem­blaient impos­sibles. L’impossible devient pos­sible » (p. 51). La foi ? « La per­sonne décide de suivre le che­min de Jésus. Dans la reli­gion, l’appartenance est trans­mise habi­tuel­le­ment par la famille ou par la force de la pres­sion sociale, comme dans le cas des immi­grants qui sont entrés dans une autre reli­gion » (p. 61). 

On touche ici du doigt un double défi dans l’interprétation de ce qui est affir­mé. D’abord, les conte­nus pro­po­sés ne sont pas cré­dibles s’ils véhi­culent des repré­sen­ta­tions infan­tiles basées sur une lec­ture au pre­mier degré de l’Ancien et du Nou­veau Tes­ta­ment ; comme si on avait affaire au récit de faits his­to­riques et mer­veilleux, et non à un uni­vers dans lequel il convient d’entrer au prix d’un effort intel­lec­tuel ali­men­té par les res­sources actuelles de l’exégèse et de l’herméneutique. Ensuite, le sens est exté­nué s’il est accom­mo­dé avec une sauce mora­li­sante pas­se­par­tout, délayée dans des bana­li­tés phi­lo­so­phiques ou un redou­ble­ment des com­men­taires de l’actualité. En défi­ni­tive, c’est une ques­tion de poé­sie, au sens fort (grec poiè­sis, il s’agit d’un faire qui trans­forme) : sug­gé­rer en quoi ce mythe — ce récit de l’évangile recon­nu comme essen­tiel aux ori­gines — donne à pen­ser et à s’engager dans le présent.

Translation

Pen­ser, s’engager, à par­tir de quelles croyances ? « Aucun sys­tème ayant la pré­ten­tion de pos­sé­der la “véri­té” n’est accep­table. Les dogmes et le code moral de l’Église catho­lique, et toute sa pré­ten­tion de “magis­tère” en souffrent. Vati­can II ne pou­vait ima­gi­ner qu’une telle situa­tion fût pos­sible. Il n’y eut aucun décras­sage des dogmes. Le sys­tème de pen­sée ne fut jamais mis en ques­tion. La nou­velle géné­ra­tion conteste main­te­nant tout le sys­tème doc­tri­nal de l’Église catho­lique parce que ce sys­tème ne per­met pas le libre exer­cice de la pen­sée » (p. 71). Com­blin limite son pro­pos à la nou­velle géné­ra­tion. Mais l’ancienne, déjà… Ber­trand Rus­sell (1872 – 1970), une fi gure intel­lec­tuelle majeure du XXe siècle, en est un repré­sen­tant mar­quant. On sait qu’il a allié une œuvre magis­trale en mathé­ma­tiques, logique, phi­lo­so­phie des sciences, morale à un enga­ge­ment poli­tique et social dont les vagues se sont pro­pa­gées jusqu’aujourd’hui avec le tri­bu­nal d’opinion et la fon­da­tion qui portent son nom. Il a aus­si expli­qué pour­quoi il consi­dère, sans excep­tion, les grandes reli­gions comme fausses et néfastes, après avoir notam­ment réflé­chi sur leur guerre contre la pen­sée scientifique. 

Tout per­met de pré­su­mer que, pas plus que d’autres, Com­blin n’a guère été mis en contact avec de tels bru­lots au cours de sa for­ma­tion… Certes, on a vu qu’il consi­dère que « la reli­gion est une créa­tion de l’être humain et que sa struc­ture est la même dans la reli­gion chré­tienne et dans les autres » (p. 31). En même temps, il semble s’en sor­tir par une pirouette. « La réa­li­té de l’évangile est uni­ver­selle parce qu’elle n’est asso­ciée à aucune culture ou quel­conque reli­gion » (p. 33). Or, l’évangile n’est pas épar­gné dans le pro­cès ins­truit par Rus­sel, comme en témoigne la confé­rence de 1957 Pour­quoi je ne suis pas chré­tien 6, qui porte sur deux ordres de choses : « D’abord, pour­quoi je ne crois ni en Dieu ni en l’immortalité, ensuite, pour­quoi je ne pense pas que le Christ fut le meilleur et le plus sage des hommes, encore que je lui recon­naisse un haut degré de ver­tu morale7 » En pas­sant, il convient de noter que cer­taines inter­pré­ta­tions de Rus­sel semblent tri­bu­taires d’une pré­di­ca­tion banale et guère au fait des acquis de l’exégèse cri­tique avait déjà conquis sa place à l’époque. Mais l’objet n’est pas ici de se lan­cer dans une quel­conque apo­lo­gé­tique à ce niveau. 

Reve­nons plu­tôt à Com­blin. La phrase citée est rede­vable d’une lec­ture atten­tive. Il n’a pas sim­ple­ment dési­gné ici l’« évan­gile », en tant que texte pro­cla­mé, voire inter­pré­té. Reli­sons-le. Il s’exprime au sujet de ce qu’il désigne comme la « réa­li­té de l’évangile », pour indi­quer une « parole qui n’a de sens qu’à par­tir d’une action de l’Esprit parce que tout sens lui est don­né à par­tir d’une praxis et dans une praxis » (p. 47). Voi­là qui est en affi nité avec les requêtes de Rus­sel, tant sur le plan de la rai­son théo­rique que pra­tique. Selon ce der­nier, on touche en effet ici un « aspect de la vie reli­gieuse […] qui est indé­pen­dant des décou­vertes de la science, et qui pour­ra sur­vivre quelles que soient nos convic­tions futures au sujet de la nature et de l’univers. […].
L’homme qui res­sent pro­fon­dé­ment les pro­blèmes de la des­ti­née humaine, le désir de dimi­nuer les souf­frances de l’humanité, et l’espoir que l’avenir réa­li­se­ra les meilleures pos­si­bi­li­tés de notre espèce, passe sou­vent pour avoir une “tour­nure d’esprit reli­gieuse”, même s’il n’admet qu’une faible par­tie du chris­tia­nisme tra­di­tion­nel. Dans la mesure où la reli­gion consiste dans un état d’esprit, et non un ensemble de croyances, la science ne peut l’atteindre8 »

Dans le contexte cultu­rel du chris­tia­nisme, il advient que cet « état d’esprit » qui émerge de la gangue des reli­gions s’actualise, fasse sens et pro­duise des fruits en écho à l’« évan­gile ». L’universalité de celui-ci, dont il est ques­tion chez Com­blin, n’est ni habillage ecclé­sias­tique ni uni­forme d’un salut géné­ral. Il s’agit plu­tôt d’une voie d’accès à l’universel, riche de la colo­ra­tion spé­cifi que qu’une mémoire (dans le cas pré­sent, celle qui réac­tive le sens de ce que l’itinéraire de Jésus) peut appor­ter dans la per­cep­tion de l’humain.

Ici, il ne s’agit plus seule­ment d’interpréter, mais de construire au départ d’expériences mul­ti­formes : long fleuve tran­quille ou tra­ver­sée de l’en bas de la vie, décou­vertes et créa­tions, ren­contre de tra­di­tions autres… L’humain se tisse au fil de tra­jec­toires dif­fé­ren­ciées. Celle que Com­blin a croi­sée et par­ta­gée se concentre sur l’oppression de pauvres qui se mettent debout dans une lutte à l’issue incer­taine pour la jus­tice. C’est à par­tir de ce lieu qu’il passe du texte à la réa­li­té de l’évangile : « Il faut donc éva­luer ce qui reste valable aujourd’hui, et le faire avec objec­ti­vi­té » (p. 37). 

Par-delà « pro­po­si­tion » et « inter­pré­ta­tion », quel concept pour dési­gner ce qui est en jeu ici, à savoir une construc­tion de soi, des rela­tions, des struc­tures sociales déci­dées et por­teuse de sens, mais à l’instar d’un levain qui dis-parait dans la ger­mi­na­tion de la pâte ? En géo­mé­trie, on entend par « trans­la­tion » le dépla­ce­ment total d’un objet, en l’occurrence une figure, mais dans lequel il garde ses pro­prié­tés. Comme l’exprime Mau­rice Bel­let9, ce qui est en cause, c’est une opé­ra­tion ana­logue dans l’espace humain où l’on se tient. Dans la reprise et le dépas­se­ment d’une « foi » au départ néces­sai­re­ment par­ti­cu­lière, contri­buer en actes à une éthique, une logique, une sagesse qui puissent ras­sem­bler tous les humains.

***

Honest to Go 10, récla­mait à la fin des années 1960 John A. T. Robin­son. Hon­nête envers « Dieu », com­ment peut-on l’être quand, comme chez Com­blin, le tout autre est déles­té de la reli­gion tout en étant poin­té du doigt comme un « x » dont éma­ne­rait l’évangile ?

La valeur de « x » ? Reve­nons un ins­tant au logi­cien. « Il n’y a pas de
rai­son pour que le monde n’ait pu naitre sans cause ni, non plus, pour qu’il n’ait pas tou­jours exis­té11. » Rus­sell consi­dère que la concep­tua­li­sa­tion de Dieu­comme com­men­ce­ment du monde est due à la pau­vre­té de notre ima­gi­na­tion. Il est intel­lec­tuel­le­ment agnos­tique, athée en pra­tique. Et le prêtre Com­blin ? « L’organisation se défend en s’appuyant sur une théo­lo­gie ratio­na­li­sée qui consti­tue ou pré­tend consti­tuer un sys­tème de preuves. Ce sys­tème pra­tique la déduc­tion comme mode de pen­sée, lui confé­rant une cohé­sion qui donne une impres­sion d’évidence. Cette impres­sion d’évidence rend le sys­tème sus­pect à nos contem­po­rains » (p. 54). 

Et alors, qu’est-ce qui reste ? De façon éton­nante, Rus­sell évoque la dimen­sion uni­ver­selle qui nous a sem­blé se déga­ger de la tra­jec­toire située de Com­blin. « Si la vie doit être pro­fon­dé­ment humaine, il faut qu’elle serve un but qui semble, en un cer­tain sens, en dehors de la vie humaine, un but imper­son­nel et au-des­sus de l’humanité, tel que Dieu, la véri­té ou la beau­té. Ceux qui favo­risent le mieux la vie ne se pro­posent pas la vie comme but. Ils visent plu­tôt à ce qui semble une incar­na­tion pro­gres­sive ou un apport, dans notre exis­tence humaine, de quelque chose d’éternel, de quelque chose qui appa­rait à l’imagination comme situé dans un uni­vers éloi­gné des luttes, des désap­poin­te­ments et des mâchoires dévo­rantes du temps. Le contact avec ce monde éter­nel — même s’il n’existe que dans notre ima­gi­na­tion- apporte une force et une paix fon­da­men­tales qui ne peuvent être entiè­re­ment détruites par les com­bats et les échecs appa­rents de notre vie tem­po­relle. Pour ceux qui l’ont une fois connu, c’est la clef de la sagesse12 »

Au fond de la Boite de Pan­dore, dans l’effacement des fan­tasmes, reste la dila­ta­tion de l’imaginaire dans la par­ti­ci­pa­tion à une his­toire en train de se faire. Ce que Com­blin a pro-posé, inter­pré­té et trans-posé, ce n’est pas la clef, mais une voie signifiante pour y accé­der, à savoir l’évangile « com­pris comme renon­ce­ment au pou­voir et à tous les pou­voirs qui existent dans la socié­té »(p. 33). Délais­sant les énigmes et les démons­tra­tions concer­nant un être supra­ter­restre, il s’est concen­tré sur ce qu’il a expé­ri­men­té comme sûr : l’énorme souf­france des pauvres est une injus­tice majeure ; Jésus s’est jeté à corps per­du pour qu’ils se lèvent et soient res­pec­tés ; ce com­bat est à conti­nuer à sa suite ; cha­cun peut s’abreuver — ce que cer­tains éprouvent au plus pro­fond d’eux-mêmes comme prière — à la source dont émanent de tels choix. « Je peux être libre de tout égoïsme, de la peur, de l’avidité, du pou­voir, de l’argent, des dési­rs, de l’inertie, de la paresse. Je suis sur­tout libé­ré de la peur qui est ce qui para­lyse tant de gens qui pour­raient agir » (p. 51). 

Mer­ci, « José » — Joseph Com­blin. Adieu… Se Deus quiser… ■

Mer­ci à Mau­rice Ché­za, un des coau­teurs du livre de réfé­rence. Il a été à dis
tance un par­te­naire de dia­logue dans l’élaboration de cet article, à la fois par sa
relec­ture cri­tique et par son inter­ven­tion sti­mu­lante, lors de la jour­née d’Église
Wal­lo­nie du 19 octobre 2013, dans Église-Wal­lo­nie, n° 2/2014, p. 1 – 3.

  1. Dir. Ph. Dupriez, Joseph Com­blin, théo­lo­gien bel­go-bré­si­lien (1923 – 2001), Pro­phète et ami des pauvres, Les­sius, 2014. Sans autre men­tion, toutes les réfé­rences qu’on fera ici ren­voient à des textes de Com­blin, notam­ment une remar­quable confé­rence : « Église, crise et espé­rance », http:// bit.ly/1sGrMyo.
  2. Tou­jours avec une minus­cule dans les textes de l’ouvrage de référence.
  3. Dans ses textes cités ici, le théo­lo­gien bel­go-bré­si­lien ne donne pas de notes de bas de page, mais il a lu et digé­ré bien des sources. Ain­si, ce n’est évi­dem­ment pas lui qui a inven­té la dis­tinc­tion entre foi et religion.
  4. Ce bref expo­sé s’appuie sur K. Barth, L’humanité de Dieu, trad. de l’allemand, Labor et fi des, 1956.
  5. )D. Bon­hoef­fer, Résis­tance et sou­mis­sion, trad. de l’allemand, Labor et Fides, 1968, p. 145 – 167.
  6. B. Rus­sell, Pour­quoi je ne suis pas chré­tien et autres textes, trad. de l’anglais, Lux édi­teur, 2011.
  7. B. Rus­sel, Pour­quoi…, p. 41.
  8. B. Rus­sel, Science et reli­gion, trad.de l’anglais, Gal­li­mard, 1971, p. 14.
  9. M. Bel­let, Trans­la­tion, Bayard, 2011, p. 7 – 10.
  10. J. A. T. Robin­son, Dieu sans Dieu, trad. de l’anglais, Nou­velles édi­tions latines, 1964.
  11. B. Rus­sell, Pour­quoi…, p. 44.
  12. B. Rus­sell, Pour­quoi, p. 26 – 27, extrait de Prin­cipes de recons­truc­tion sociale, trad. de l’anglais, Presse de l’université de Laval, 2007, cha­pitre VIII.

Paul Géradin


Auteur

Professeur émérite en sciences sociales de l'ICHEC