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Crise : la menace lettonne

Numéro 9 Septembre 2009 par Padilla

septembre 2009

La crise éco­no­mique glo­bale qui frappe l’Europe de plein fouet s’est impo­sée à par­tir du der­nier tri­mestre de 2008 comme le sujet média­tique prin­ci­pal sur le vieux conti­nent. L’attention por­tée à ses déve­lop­pe­ments en Europe occi­den­tale et aux États-Unis contraste cepen­dant avec le silence dans lequel a été trai­té l’impact de la crise en Europe orien­tale et surtout […]

La crise éco­no­mique glo­bale qui frappe l’Europe de plein fouet s’est impo­sée à par­tir du der­nier tri­mestre de 2008 comme le sujet média­tique prin­ci­pal sur le vieux conti­nent. L’attention por­tée à ses déve­lop­pe­ments en Europe occi­den­tale et aux États-Unis contraste cepen­dant avec le silence dans lequel a été trai­té l’impact de la crise en Europe orien­tale et sur­tout dans les pays baltes. Cette indif­fé­rence est pré­oc­cu­pante à plus d’un titre. Il se pour­rait que l’évolution de la situa­tion dans ces pays soit le pré­lude d’une nou­velle phase plus aiguë que ce que nous avons connu à ce stade. Par ailleurs, l’instabilité sociale pro­vo­quée par la dégra­da­tion de la situa­tion éco­no­mique dans la région repré­sente une menace non négli­geable pour le futur des jeunes démo­cra­ties post­so­vié­tiques, et par exten­sion, pour la sta­bi­li­té de l’ensemble de l’Union européenne.

La dette cachée de la transition

Quelques années d’exubérance, qui ont sur­tout béné­fi­cié aux nou­veaux riches, n’ont pas fait oublier à la majo­ri­té des habi­tants de l’ancien bloc de l’Est la longue période d’austérité impo­sée au nom de la tran­si­tion vers l’économie de mar­ché. La situa­tion actuelle où des sacri­fices sont à nou­veau exi­gés au nom de la pré­ser­va­tion d’un modèle de déve­lop­pe­ment qui est loin d’avoir appor­té une amé­lio­ra­tion réelle des condi­tions de vie au plus grand nombre risque dès lors de consti­tuer un ter­reau fer­tile pour les popu­lismes de tous bords.

Depuis quelques mois, l’évolution de la crise finan­cière en Let­to­nie consti­tue un sujet de pré­oc­cu­pa­tion pour les éco­no­mistes. Ce pays balte, membre de l’UE et de l’Otan depuis 2004, est grand comme deux fois la Bel­gique, mais compte moins de deux mil­lions trois cent mille habi­tants. Ces der­nières années, le pays a connu une crois­sance éco­no­mique impor­tante et pous­sée notam­ment par des afflux impor­tants d’investissements, sou­vent à carac­tère spé­cu­la­tif, ori­gi­naires des ins­ti­tu­tions finan­cières des anciens États membres de l’UE. La crise finan­cière glo­bale a son­né le glas de cette période de forte expan­sion en entraî­nant une dégra­da­tion ver­ti­gi­neuse. À l’instar d’autres pays de la région, la Let­to­nie cumu­lait à la veille de la crise des indices de fra­gi­li­té macroé­co­no­mique tels que des défi­cits mas­sifs de la balance cou­rante de l’ordre de 25% du PIB et une dette externe de 140% du PIB qui rendent le pays par­ti­cu­liè­re­ment dépen­dant du finan­ce­ment externe et dès lors vul­né­rable à des chocs exo­gènes. Il faut y ajou­ter le fait que la Let­to­nie lie sa mon­naie, le lats, à l’euro dans le cadre du méca­nisme des taux de change euro­péens. Cela fait repo­ser le poids de l’ajustement sur la demande interne puisqu’une éven­tuelle déva­lua­tion ne fait pas par­tie des ins­tru­ments de la poli­tique éco­no­mique aus­si long­temps que le lat fluc­tue­ra dans une bande étroite par rap­port à l’euro.

Une économie sous perfusion

Dans ces condi­tions, l’impact de la crise a été par­ti­cu­liè­re­ment bru­tal. L’effondrement des mar­chés finan­ciers a inévi­ta­ble­ment débou­ché sur un assè­che­ment des flux des capi­taux vers la répu­blique balte. À l’heure actuelle, l’économie let­tone se trouve sous per­fu­sion du FMI et de l’UE par le biais d’une aide d’urgence de 7,5 mil­liards d’euros, ce qui a per­mis à ce stade d’éviter la faillite et la ces­sa­tion de paie­ments. Cepen­dant, le prix à payer a été par­ti­cu­liè­re­ment éle­vé. Cette aide est condi­tion­née à une réduc­tion dras­tique des dépenses publiques qui passe notam­ment par des coupes claires pré­vues dans les salaires et des inves­tis­se­ments publics. Les der­nières pré­vi­sions éco­no­miques tablent sur un recul du PIB de plus de 18%, ce qui fait de la Let­to­nie le pays de l’UE le plus affec­té par la crise.

Mal­gré cette aide, en juin der­nier, la ces­sa­tion des paie­ments et la déva­lua­tion ont été évi­tés in extre­mis. Dans un contexte mar­qué par une offre mas­sive des bons d’État de l’ensemble des dif­fé­rents pays qui ont dû aug­men­ter leur endet­te­ment pour empê­cher l’effondrement des sys­tèmes ban­caires natio­naux, la Let­to­nie a le plus grand mal à vendre ses bons du tré­sor et ses réserves inter­na­tio­nales fondent à une vitesse pré­oc­cu­pante. La déva­lua­tion dans les mois qui viennent semble dès lors for­te­ment probable.

Une dévaluation à très hauts risques

Deux rai­sons prin­ci­pales expliquent le fait que la déva­lua­tion ait été évi­tée à ce stade. Pre­miè­re­ment, la Let­to­nie aspire à adop­ter rapi­de­ment l’euro et une sor­tie du sys­tème moné­taire euro­péen ne ferait que retar­der cette pers­pec­tive. Deuxiè­me­ment, à l’instar de nom­breux pays de la région, la Let­to­nie est for­te­ment endet­tée en devises fortes (90% des créances totales). Dans ces condi­tions, une déva­lua­tion débou­che­rait fata­le­ment sur la faillite d’une bonne par­tie des entre­prises for­te­ment endet­tées en devises étran­gères. Cepen­dant, de l’avis de nom­breux éco­no­mistes, compte tenu des fon­da­men­taux, cette faillite serait deve­nue de fac­to iné­luc­table. Une déva­lua­tion ne ferait que pré­ci­pi­ter les choses tout en don­nant un peu d’oxygène à moyen terme en res­tau­rant la com­pé­ti­ti­vi­té externe du pays.

L’éventualité d’une déva­lua­tion let­tone fait pla­ner éga­le­ment le spectre d’un effet de conta­gion. Le pays a des liens com­mer­ciaux et finan­ciers majeurs avec ses voi­sins bal­tiques si bien qu’une déva­lua­tion du lats aurait des réper­cus­sions impor­tantes chez ces der­niers qui lient éga­le­ment leurs mon­naies à l’euro. L’autre voie de conta­gion est celle des banques occi­den­tales qui ont mas­si­ve­ment inves­ti dans le sec­teur ban­caire de la région. Les banques sué­doises sont enga­gées dans les pays baltes à hau­teur de 20% du PIB de la Suède. En cas de défaut ou de déva­lua­tion en Let­to­nie, elles pour­raient rapi­de­ment faire perdre plu­sieurs points au PIB sué­dois, ce qui ne man­que­rait pas d’entraîner des pro­blèmes de liqui­di­té et sol­va­bi­li­té impor­tants pour elles. Une telle situa­tion pour­rait conti­nuer à affai­blir les mar­chés finan­ciers des pays de l’Europe cen­trale et de l’Est ayant des pro­fils macroé­co­no­miques simi­laires à ceux de la Let­to­nie (notam­ment la Bul­ga­rie, la Rou­ma­nie et la Hon­grie). Les reflux des capi­taux déjà en cours dans la région seraient accen­tués, accrois­sant du même coup les dif­fi­cul­tés des banques des pays des anciens États membres de l’UE for­te­ment expo­sées dans la région. C’est notam­ment le cas des banques alle­mandes, bri­tan­niques, autri­chiennes, ita­liennes et belges. De fait, les banques des anciens États membres de l’UE détiennent entre 60% et 90% des parts des mar­chés du sec­teur ban­caire des nou­veaux États membres de l’UE.

Maillons faibles et leçons systémiques

En défi­ni­tive, les ingré­dients d’une aggra­va­tion de la crise éco­no­mique en Europe sont bien pré­sents. L’élément déclen­cheur pour­rait être un choc exo­gène tel que celui pro­vo­qué par une éven­tuelle expan­sion rapide de la grippe por­cine à l’hémisphère nord durant le pro­chain automne et l’hiver. Un éven­tuel effet domi­no pour­rait alors être amor­cé par l’effondrement d’une petite pièce de l’édifice éco­no­mique euro­péen comme l’économie let­tone, mais éga­le­ment par la chute d’autres maillons qui cumulent des fra­gi­li­tés ana­logues. C’est une rai­son suf­fi­sante pour suivre atten­ti­ve­ment l’évolution de la situa­tion éco­no­mique dans les pays de l’Europe cen­trale et de l’Est.

Trois leçons peuvent être tirées de cette mise en pers­pec­tive à par­tir des élé­ments avan­cés ci-dessous.

Pre­miè­re­ment, on a beau­coup insis­té sur le carac­tère sys­té­mique de cer­taines grandes banques « trop grandes pour faire faillite ». Le corol­laire du carac­tère sys­té­mique de la crise actuelle est le fait qu’aucune pièce, aus­si modeste soit-elle, n’est négli­geable. L’interconnexion de l’économie glo­bale est telle qu’un petit seg­ment du mar­ché immo­bi­lier amé­ri­cain se trouve à la source de la pire crise éco­no­mique depuis 1929. La plu­part des médias s’acharnent à déco­der dans les der­nières sta­tis­tiques éco­no­miques les signes d’une éven­tuelle reprise — ou du moins du fait que « le pire serait der­rière nous ». Rien ne nous per­met cepen­dant d’écarter à ce stade l’hypothèse moins réjouis­sante que l’effondrement d’une petite pièce pour­rait au contraire amor­cer l’aggravation de la crise en Europe et nous faire plon­ger dans une dépres­sion aus­si pro­fonde que durable. Ces consi­dé­ra­tions hypo­thé­tiques devraient nous pous­ser à faire valoir le prin­cipe de pré­cau­tion et nous ame­ner à pré­voir et à dis­cu­ter publi­que­ment des réponses col­lec­tives d’urgence dans le cas où la crise s’aggraverait. Tout se passe cepen­dant comme si les mesures de relance et de régu­la­tion adop­tées à ce jour devaient néces­sai­re­ment don­ner à terme des résul­tats pro­bants. L’expérience récente nous apprend qu’un tel excès de confiance dans les poli­tiques publiques est dan­ge­reux. Il ne faut en effet pas oublier qu’à la veille de l’effondrement des mar­chés finan­ciers euro­péens les auto­ri­tés euro­péennes fai­saient valoir leur entière confiance dans la capa­ci­té à résis­ter de l’économie euro­péenne et sou­te­naient que l’UE ne serait guère tou­chée par la crise née outre-Atlantique.

Le déséquilibre des balances courantes

Deuxiè­me­ment, la situa­tion que connaissent de nom­breux pays d’Europe cen­trale et de l’Est est carac­té­ri­sée par des dés­équi­libres aigus des balances cou­rantes. Ces dés­équi­libres ne sont pas l’apanage exclu­sif de ces pays, mais ils concernent éga­le­ment des anciens États membres de l’UE comme le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Irlande. Cela rap­pelle d’autres exemples récents où des crises finan­cières désas­treuses ont trou­vé leur point de départ dans des éco­no­mies connais­sant des défi­cits de balance cou­rante très signi­fi­ca­tifs et se sont sol­dées par une socia­li­sa­tion sans pré­cé­dent des coûts. C’est notam­ment le cas des pays du Sud Est asia­tique pen­dant la deuxième moi­tié des années nonante ou de l’Argentine au début du siècle.

Cela per­met de mettre en exergue briè­ve­ment une fai­blesse intrin­sèque majeure des poli­tiques éco­no­miques euro­péennes. Alors que le Pacte de sta­bi­li­té a ten­té d’imposer une dis­ci­pline fis­cale aux pays membres de l’UE, aucun méca­nisme d’alerte, et a for­tio­ri de cor­rec­tion, n’a été impo­sé aux pays membres qui ont connu des défi­cits impor­tants des balances cou­rantes. Tout se passe donc comme si les ten­ta­tives d’imposer une dis­ci­pline coor­don­née visant à limi­ter l’endettement exces­sif de l’économie concernent les seuls pou­voirs publics alors que les agents éco­no­miques pri­vés ont une large lati­tude pour aggra­ver consi­dé­ra­ble­ment l’endettement glo­bal des pays. Les crises finan­cières à répé­ti­tion nous apprennent que ce modèle de déve­lop­pe­ment épou­sé par les diri­geants de l’UE basé sur une telle asy­mé­trie abou­tit à des résul­tats oppo­sés à ceux escomp­tés. En effet, l’endettement pri­vé lorsqu’il devient insou­te­nable est sys­té­ma­ti­que­ment trans­fé­ré à la col­lec­ti­vi­té afin d’éviter la faillite de l’ensemble du sys­tème. Si l’on veut tirer les consé­quences poli­tiques de cette asy­mé­trie, il fau­drait alors élar­gir le Pacte de sta­bi­li­té de manière à pré­voir des méca­nismes euro­péens cor­don­nés d’alerte et de cor­rec­tion pour remé­dier à l’endettement pri­vé insou­te­nable des éco­no­mies natio­nales avant même que des crises sys­té­miques imposent des solu­tions bien plus lourdes pour la collectivité.

Repenser l’assistance financière

Troi­siè­me­ment, après les exemples emblé­ma­tiques des pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique, les pro­grammes d’assistance des ins­ti­tu­tions finan­cières inter­na­tio­nales touchent désor­mais des pays membres de l’UE. À l’instar des pro­grammes d’ajustement struc­tu­rel et des poli­tiques de cré­dit de la Banque mon­diale et du FMI durant les quinze der­nières années, l’assistance finan­cière de ces ins­ti­tu­tions est assor­tie de condi­tions très lourdes. La Let­to­nie a dû notam­ment s’engager à réduire les dépenses et les salaires publics pour rece­voir les pre­mières tranches de l’aide finan­cière du FMI. Or ces mesures sont non seule­ment socia­le­ment injustes, mais elles sont éga­le­ment pro-cycliques. Les pays qui connaissent des réces­sions impor­tantes devraient dis­po­ser des marges de manœuvre leur per­met­tant notam­ment de mener des poli­tiques de relance contre-cycliques visant à miti­ger et lis­ser les effets réces­sion­nistes. Cela n’est cepen­dant pas le cas des pays qui béné­fi­cient de l’aide des ins­ti­tu­tions mul­ti­la­té­rales pour évi­ter la faillite, ce qui fait le plus sou­vent repo­ser de manière dis­pro­por­tion­née le coût de la crise sur les caté­go­ries les plus vul­né­rables de la popu­la­tion. La mon­tée des popu­lismes en Europe devrait nous dis­sua­der d’emprunter une telle voie qui s’est avé­rée désas­treuse en termes sociaux et poli­tiques dans de nom­breux pays.

Dans cette pers­pec­tive, il est indis­pen­sable de mettre en évi­dence deux condi­tions pour sor­tir de l’impasse actuelle qui lie assis­tance finan­cière inter­na­tio­nale et poli­tiques pro-cycliques de manière à hono­rer la double exi­gence à laquelle nous devons faire face à l’heure actuelle. Il s’agit, en effet, de réduire de manière dras­tique notre empreinte éco­lo­gique et, à la fois, de lut­ter contre la pré­ca­ri­té sociale géné­rée par la crise. Ces deux exi­gences ne sau­raient être remises à plus tard, ni faire l’objet de réponses sépa­rées car la situa­tion se dégrade de manière simul­ta­née et ver­ti­gi­neuse sur les deux plans. En effet, d’une part, de nou­velles études scien­ti­fiques mettent en évi­dence le fait que le chan­ge­ment cli­ma­tique est plus impor­tant que ce que l’on croyait il y a quelques mois seule­ment. D’autre part, des mil­lions d’emplois sont en train d’être détruits par­tout dans le monde. Si l’on veut répondre à cette double exi­gence, il faut donc pas­ser d’une logique de « relance » à une logique de redé­ploie­ment mas­sif où le moteur de la créa­tion d’emplois sera l’économie verte. C’est ce que pré­co­nise notam­ment le Pro­gramme des Nations unies sur l’environnement dans un rap­port très remar­qué divul­gué fin février 2009 qui appelle de tous ses vœux un « green deal global1 ».

Des réponses injustes et inadaptées

La pre­mière condi­tion a trait aux marges de manœuvre (poli­cy space) dont dis­posent les États. Comme le met en évi­dence la situa­tion dif­fi­cile des pays d’Europe cen­trale, l’architecture finan­cière inter­na­tio­nale est fon­da­men­ta­le­ment pro­blé­ma­tique. Les États qui sont for­te­ment endet­tés en devises fortes et qui font l’objet d’attaques spé­cu­la­tives sur leurs mon­naies n’ont le plus sou­vent d’autre alter­na­tive que de mener des poli­tiques d’austérité pro-cycliques telles que des aug­men­ta­tions des taux d’intérêts ou des coupes claires des dépenses publiques. Ces mesures qui ont pour objec­tif de ras­su­rer les mar­chés finan­ciers débouchent notam­ment sur une aggra­va­tion de l’impact des crises finan­cières sur l’activité éco­no­mique et le finan­ce­ment des sec­teurs sociaux. L’élargissement de la marge de manœuvre dont dis­posent ces pays pour ne plus être for­cés de mener des poli­tiques pro-cycliques dans un contexte de crise finan­cière ou de réces­sion qui, en même temps, exige un redé­ploie­ment mas­sif de l’économie, revêt donc la plus haute importance.

La deuxième condi­tion est indis­so­ciable de la lutte contre la pré­ca­ri­sa­tion et la dégra­da­tion qua­li­ta­tive de l’emploi. Dans un contexte de glo­ba­li­sa­tion finan­cière, les coûts du tra­vail deviennent la variable d’ajustement par excel­lence des stra­té­gies d’optimisation des entre­prises. La décon­nexion de la crois­sance des salaires avec la crois­sance de la pro­duc­ti­vi­té, aus­si bien dans les pays riches que dans les pays en déve­lop­pe­ment, induit une réduc­tion de la part des salaires dans les reve­nus. De fait, cette part n’a ces­sé de dimi­nuer depuis trois décen­nies au pro­fit de la part des capi­taux. Cette ten­dance struc­tu­relle débouche sur une contrac­tion de la demande qui est d’autant plus impor­tante qu’en période de crise, la modé­ra­tion sala­riale devient le leit­mo­tiv prin­ci­pal des entre­prises et des admi­nis­tra­tions. Il convient donc de rompre avec cette évo­lu­tion et ren­ver­ser la tendance.

Vers un nouveau régime monétaire multilatéral

Un long che­min reste à par­cou­rir pour que le débat public sur la crise se sai­sisse à la fois des enjeux que ces deux condi­tions sou­lèvent. En effet, si ces enjeux sont sou­vent invo­qués de manière sépa­rée, ils ne font guère l’objet d’une réflexion inté­grée sur les réponses à don­ner à la crise. C’est jus­te­ment le mérite de la pro­po­si­tion déve­lop­pée récem­ment par la Confé­rence des Nations unies sur le com­merce et le déve­lop­pe­ment (Cnu­ced) concer­nant la mise en place d’un nou­veau régime moné­taire mul­ti­la­té­ral. Cette pro­po­si­tion passe notam­ment par la créa­tion d’un sys­tème mul­ti­la­té­ral de sta­bi­li­sa­tion où les mon­naies fluc­tue­raient autour d’une nou­velle mon­naie de réserve basée à l’instar de l’Écu sur un panier de devises. Les taux de change seraient réajus­tés sur la base des dif­fé­ren­tiels d’inflation. Cette nou­velle archi­tec­ture moné­taire pour­rait être bâtie pro­gres­si­ve­ment sur la base d’accords moné­taires régio­naux. Ce sys­tème ferait donc dis­pa­raître le risque de déva­lua­tion for­cée par la fuite des capi­taux. Sans pou­voir entrer ici dans les détails, la ver­tu prin­ci­pale d’une telle pro­po­si­tion est double. D’une part, elle per­met­trait d’élargir la marge de manœuvre dont dis­posent les États pour mener les poli­tiques contre-cycliques néces­saires pour amor­cer la tran­si­tion vers une éco­no­mie faible en car­bone. D’autre part, ce nou­veau régime faci­li­te­rait la recon­nexion de la crois­sance des salaires avec la crois­sance de la productivité. 

Padilla


Auteur

Franscico Padilla est conseiller politique d'[Ecolo->http://www.ecolo.be] en Affaires européennes et internationales.