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Congo. Een geschiedenis, de David Van Reybrouck

Numéro 10 Octobre 2011 par Paul Géradin

octobre 2011

« Désor­mais, le bat­te­ment du cœur du pays n’est plus réper­cu­té au fil des jours par […] le bat­te­ment sourd du tam­tam ou le cla­que­ment du savon ; ni par le son des cloches de la mis­sion, le fra­cas du train ou le cré­pi­te­ment du foret au fond de la mine ; pas davan­tage par la frappe du […]

« Désor­mais, le bat­te­ment du cœur du pays n’est plus réper­cu­té au fil des jours par […] le bat­te­ment sourd du tam­tam ou le cla­que­ment du savon ; ni par le son des cloches de la mis­sion, le fra­cas du train ou le cré­pi­te­ment du foret au fond de la mine ; pas davan­tage par la frappe du télé­graphe, le gré­sille­ment de la radio ou les hur­le­ments de la popu­la­tion. Il ne bruisse plus du pilage du manioc au creux du mor­tier ou dans le cla­po­tis de l’eau sur la pirogue. Le cœur de ce pays ne bat plus dans le feu de brousse en forêt, ni au choc de la table contre le mur accom­pa­gné de cris […] dans la case. Non. Il fait nuit, mais ce n’est pas res­sen­ti ain­si. Le nou­veau Congo résonne autre­ment, le chant du nou­veau Congo reten­tit dans le hall d’en­trée d’un aéro­port. […]. Non pas plainte, mais cri d’une nou­velle vie1. »

Sur la peau de femmes flam­boyantes, com­mer­çantes de retour de Ghang­zou2, un tatouage pro­clame la fier­té du troi­sième mil­lé­naire : « En Chine, nous fai­sons de bonnes affaires. Venez voir » (p. 562).

Une « histoire vraie »

Le lec­teur entre dans une « non-fic­tion lit­té­raire », un récit long de près de six-cents pages, inau­gu­ré par le sou­ve­nir de la ren­contre avec Étienne Nka­si, un Congo­lais presque cen­te­naire. « Je regar­dai par la fenêtre. […]. Je me pris à pen­ser à ces bananes qu’il m’a­vait don­nées lors de notre pre­mière ren­contre. “Prends, mange.” Un geste si cha­leu­reux, dans un pays qui, si sou­vent, est plus à la une de l’ac­tua­li­té en rai­son de la cor­rup­tion que de sa géné­ro­si­té » (p. 37).

David Van Rey­brouck est reve­nu au long hiver de Bruxelles, après des séjours nom­breux et pro­lon­gés au Congo dans cette posi­tion qu’on dénomme socio­lo­gi­que­ment « obser­va­tion par­ti­ci­pa­tive ». « Une de mes convic­tions est en effet que les archives les plus sous-esti­mées du Congo sont les gens » (p. 593). Ses recherches comme archéo­logue et his­to­rien de la culture l’ont ame­né à décou­vrir les poten­tia­li­tés et les dif­fi­cul­tés d’une méthode de tra­vail : com­bi­ner l’his­toire orale et les études scien­ti­fiques sur la culture maté­rielle. Avec une remar­quable capa­ci­té d’é­vo­ca­tion lit­té­raire, il allie l’é­coute de voix mul­tiples, l’at­ten­tion pas­sion­née aux situa­tions les plus diverses et un tra­vail docu­men­taire appro­fon­di dont témoigne un réper­toire biblio­gra­phique qui sur­prend par son carac­tère appro­fon­di et l’in­tel­li­gence des com­men­taires (p. 590 – 622).

Cet ouvrage magni­fique ren­contre un suc­cès énorme auprès du public néer­lan­do­phone et a reçu un prix lit­té­raire pres­ti­gieux3 aux Pays-Bas.

Désir d’histoire

Qu’est-ce qui a fait cou­rir ce Bru­geois d’o­ri­gine vers le cœur du Congo, avec des séjours à Kin­sha­sa et un détour par Ghang­zou ? Qu’est-ce qui a accro­ché ce jeune écri­vain à l’his­toire du Congo, du xve­siècle au troi­sième millénaire ?

Sans doute ce che­mi­ne­ment inté­rieur dont il relate le der­nier épi­sode : la vue de tou­ristes por­teuses d’une girafe en bois lors d’une escale. « Je ne sais ce qui m’exas­pé­ra dans ce tableau. J’a­vais le sen­ti­ment que les der­niers jours m’a­vaient ouvert un regard sur le troi­sième mil­lé­naire et que j’é­tais rame­né brus­que­ment au siècle pré­cé­dent, au temps où les Euro­péens ache­taient des girafes en Afrique. Mon rai­son­ne­ment vacillait, mais j’é­tais trop fati­gué pour me pré­oc­cu­per de cohé­rence. […]. Par le hublot, je voyais la forêt équa­to­riale, grand bro­co­li cou­leur de mousse, ça et là entre­cou­pé par le fleuve brun qui rayon­nait sous le soleil. On sait bien que les richesses natu­relles du Congo ont colo­ré l’é­co­no­mie mon­diale, de la balle de billard et du caou­tchouc aux balles de fusil et à la bombe ato­mique jus­qu’au gsm. Mais cela me sem­blait un slo­gan pure­ment uti­li­taire, trop limi­té et sim­pliste, comme si le Congo, ce pays magni­fique, avait seule­ment été la salle d’at­tente du monde, comme si, hor­mis ses matières pre­mières, il n’a­vait guère contri­bué à l’his­toire mon­diale. Comme si son sous-sol était impor­tant pour le monde entier, et sa propre his­toire une affaire pure­ment interne, riche ger­mi­na­tion de rêves et d’ombres. Alors que j’ai si sou­vent consta­té le contraire au cours de mes conver­sa­tions et de mes lec­tures » (p. 581).

Cette convic­tion s’ex­prime de plus en plus clai­re­ment au fil du récit. En témoigne cette réflexion sur la vio­lence eth­nique de 2003 en Itu­ri : ce ne fut en aucun cas un « réflexe pri­mi­tif », mais la consé­quence logique d’une richesse du sous-sol dans une éco­no­mie de guerre à l’heure de la glo­ba­li­sa­tion. En ce sens, ce fut « une pré­fi­gu­ra­tion de ce à quoi on peut s’at­tendre dans une pla­nète sur­peu­plée. Le Congo n’est pas en arrière de l’his­toire, mais devant » (p. 495).

Il était une fois…

« Des cen­taines, des mil­liers d’an­nées d’his­toire humaine ont pré­cé­dé l’ar­ri­vée des Euro­péens. Si cœur des ténèbres il y eut, il ne rési­da pas dans le ter­ri­toire lui-même, mais dans l’in­cons­cience du regard jeté par les explo­ra­teurs sur celui-ci. L’obs­cu­ri­té se loge aus­si dans le regard du spec­ta­teur » (p. 27). Ici, elle est éclair­cie à tra­vers de lumi­neuses dias vir­tuelles qui couvrent nonante-mille années jus­qu’au début du xixe­siècle. Elles mettent en scène la vie de jeunes aux époques suc­ces­sives. Cha­cun de ces per­son­nages est fic­tif, mais situé dans un dense réseau humain à l’a­fri­caine, par un regard scien­ti­fique au plus près au réel. « Quelle dyna­mique ! Pas d’é­tat de nature intem­po­rel peu­plé de bons sau­vages ou de bar­bares san­gui­naires. C’é­tait ce que c’é­tait : his­toire, mou­ve­ment, ten­ta­tives d’en­di­guer la misère, qui se sol­daient par­fois par une nou­velle misère, tant le rêve et l’obs­cu­ri­té sont grands amis » (p. 36)

Enta­mant un pro­cé­dé qu’on retrouve maintes fois par la suite, c’est à tra­vers l’i­ti­né­raire d’un per­son­nage authen­tique, ici recons­ti­tué sur la base de sources écrites, que Van Rey­brouck va dépeindre le contexte du milieu du XIXe siècle. « Dans les cou­lisses, à gauche et à droite se tenaient des com­mer­çants — Euro­péens chré­tiens et Afro-Arabes musul­mans — prêts à faire une per­cée jus­qu’au cœur de l’A­frique cen­trale. Cela ne pou­vait se pro­duire que parce que les struc­tures de pou­voir étaient pour­ries à l’in­té­rieur du pays, notam­ment en rai­son du com­merce des esclaves dans les siècles pré­cé­dents. […] En réa­li­té s’ou­vrait une période d’a­nar­chie, de rapa­ci­té et de vio­lence » (p. 45).

Cette période, que cha­cun croit bien connaitre, est revi­si­tée avec une pré­ci­sion alliée à une évo­ca­tion puis­sam­ment poé­tique. En outre, la nar­ra­tion est sous-ten­due par une réflexion sur la rela­tion entre les ver­sants éco­no­mique et poli­tique de la conquête. « Qui cherche un maxi­mum de pro­fits ne fonde pas une colo­nie cou­teuse. […] En Afrique cen­trale, on aurait pu conti­nuer un bon bout de temps à échan­ger des défenses d’é­lé­phants contre des bal­lots de coton. Non, il fal­lait autre chose pour déchai­ner la fièvre colo­niale : le natio­na­lisme » (p. 49).

« Il faut à la Bel­gique une colo­nie », écri­vait Léo­pold ii déjà bien avant son acces­sion au trône. « Quoi­qu’on dise, il ne l’a pas fait seule­ment pour lui-même, mais aus­si pour son peuple et sa patrie. Plon­gé dans l’at­mo­sphère de son temps, le jeune sou­ve­rain allia aisé­ment patrio­tisme pas­sion­né et mer­can­ti­lisme » (p. 52). Il était acteur dans une his­toire qui dépas­sait sa per­sonne, tout comme les pre­miers explo­ra­teurs, « des hommes misé­rables qui ache­taient quelques poules et venaient par­ler sur le temps de midi avec le chef du vil­lage, mais fai­saient tout pour en impo­ser à la popu­la­tion » (p. 59). Quant aux pre­miers mis­sion­naires, « ils étaient en réa­li­té des gens ani­més par une foi pro­fonde, qui consi­dé­raient de leur devoir de par­ta­ger avec les autres la véri­té qui les com­blait » (p. 60). Ni anges ni démons, y com­pris Stan­ley dont la figure est évo­quée de façon vivante et nuan­cée. Libé­ra­teurs de l’es­cla­va­gisme ? Pas si simple. « De tout temps en Afrique cen­trale, l’es­cla­vage n’a pas été com­pris comme pri­va­tion de la liber­té, mais comme arra­che­ment au milieu social. C’é­tait hor­rible, mais pour d’autres rai­sons que celles qui sont avan­cées cou­ram­ment. Dans une vie sociale qui était tel­le­ment mar­quée par le sens de la com­mu­nau­té, l’“autonomie de l’in­di­vi­du”, telle que mise en avant en Europe depuis la Renais­sance, n’é­tait en aucun cas syno­nyme de liber­té, mais soli­tude et déré­lic­tion. Tu es qui tu es ; et si per­sonne ne te connait, tu n’es rien » (p. 58).

L’ex­plo­ra­tion, deve­nue ini­tia­tive com­mer­ciale, va pas­ser au stade de pro­gramme poli­tique. La confé­rence de Ber­lin (1884 – 1885), on connait… Mais le coup de poker de Léo­pold ii qui est ici recons­ti­tué brillam­ment ? La tra­di­tion veut que la divi­sion de l’A­frique fut pro­cla­mée là et à ce moment. Non, c’est dans les cou­lisses, au fil de trac­ta­tions bila­té­rales que le roi d’un petit pays se glis­sa entre les grands et obtint à la déro­bée la sou­ve­rai­ne­té sur une ter­ra inco­gni­ta aux fron­tières floues, qu’on appré­hen­dait comme « une sorte de Bel­gique de 1830 » alors qu’il s’a­gis­sait d’une enti­té com­pa­rable à l’en­semble de l’Eu­rope de l’Ouest (p. 67 – 68). En ce qui concerne le Congo, cela signi­fie qu’«aucune enti­té natu­relle, aucune néces­si­té his­to­rique, aucune pré­des­ti­na­tion méta­phy­sique ne pré­dé­ter­mi­naient les habi­tants de ce ter­ri­toire à deve­nir des conci­toyens » (p. 72). Et voi­ci que cet ensemble flou ne com­mence pas « comme une colo­nie, mais comme un État, et bien le plus curieux que l’A­frique sub­sa­ha­rienne ait connu » (p. 71). Ce pre­mier né, dénom­mé à l’é­poque « État indé­pen­dant du Congo » reste inca­pable d’as­su­rer les fonc­tions éta­tiques, à com­men­cer par celle que Max Weber a dénom­mée mono­pole de la vio­lence légi­time (p. 494). L’é­clai­rage de ce para­doxe sous-tend toute la suite du récit, mais en inté­grant la dimen­sion étroi­te­ment poli­tique dans le tis­su du « vivre ensemble ».

Et alors…

« La lit­té­ra­ture his­to­rique clas­sique pré­sente sou­vent les choses ain­si : les abo­mi­na­tions de l’É­tat indé­pen­dant per­du­rèrent jus­qu’en 1908, mais un apai­se­ment com­plet se pro­dui­sit à par­tir du moment de la reprise du Congo par la Bel­gique ; l’his­toire devint un long fleuve tran­quille qui ne mani­fes­ta à nou­veau des vagues qu’à par­tir de la fin des années cin­quante. Dans cette optique, le colo­nia­lisme au sens strict, la période 1908 – 1960, n’au­rait été qu’un inter­mède long et ondu­lant entre deux périodes de tur­bu­lence » (p. 117 – 118).

Cette image d’É­pi­nal est décons­truite et réajus­tée au fil de quinze cha­pitres — témoi­gnages, tableaux d’une grande inten­si­té poé­tique, évo­ca­tion de situa­tions inédites, nar­ra­tion pal­pi­tante — qui cor­res­pondent à une pério­di­sa­tion et sont assor­tis de titres judi­cieu­se­ment choi­sis. Mon objec­tif n’est pas d’en faire un résu­mé, mais d’in­vi­ter à lire cet ouvrage à la fois lim­pide et touf­fu. D’a­bord, en par­cou­rant le dérou­le­ment chronologique.

Sou­vent, la période de l’É­tat indé­pen­dant du Congo (1885 – 1908. Chap. 2) est uni­la­té­ra­le­ment pla­cée sous le signe de la féro­ci­té. Ce qui amène à faire l’im­passe sur les rai­sons de la dégra­da­tion qui s’est opé­rée à par­tir de 1890 : la déci­sion de Léo­pol­dii, sous pres­sion finan­cière, de consi­dé­rer « l’en­semble du sol non culti­vé et non habi­té du Congo comme pro­prié­té de l’É­tat Indé­pen­dant » (p. 93), c’est-à-dire en réa­li­té de la Cou­ronne belge. Van Rey­brouck ana­lyse l’im­pact de cette trans­for­ma­tion du sys­tème sur les condi­tions de vie et les rela­tions entre Noirs et Blancs de façon à la fois rigou­reuse et expres­sive. Au pas­sage, il fait le point concer­nant la polé­mique sur les effets meur­triers de la poli­tique du caou­tchouc. « Il n’y a pas de chiffres solides » (p. 109). En tout cas, ce fut « une héca­tombe, une bou­che­rie à une échelle incroyable. Elle n’é­tait pas vou­lue, mais bien plus à com­prendre comme dom­mage col­la­té­ral d’une poli­tique d’ex­ploi­ta­tion per­fide, rapace […]» (p. 109 – 110).

Contrai­re­ment aux idées reçues, l’au­teur montre com­ment l’ombre de Léo­pold conti­nua dura­ble­ment à obs­cur­cir (p. 118) la période de colo­nie belge (1908 – 1960. Chap. 3 – 5). Celle-ci com­men­ça par un coup de chance for­mi­dable : la décou­verte dans le sous-sol de fabu­leuses richesses miné­rales jusque-là insoup­çon­nées (p. 133). Alliant dis­cours civi­li­sa­teur et forte hié­rar­chi­sa­tion, « l’ap­pa­reil colo­nial élar­git sa prise sur la popu­la­tion et péné­tra encore plus loin dans la vie des indi­vi­dus » (p. 122). Ain­si, afin d’as­su­rer l’ac­cès des popu­la­tions aux soins de san­té, le ter­ri­toire fut qua­drillé en zones sur les­quelles des groupes humains étaient fixés. Allié aux clas­si­fi­ca­tions scien­ti­fiques des eth­no­logues, ce mode de dif­fu­sion de la méde­cine moderne ame­na à asso­cier les appar­te­nances com­mu­nau­taires à « des carac­té­ris­tiques rigi­de­ment fixées, à l’ins­tar des natio­na­li­tés en Europe » (p. 125). Le résul­tat fut que « les “races” furent sou­dai­ne­ment vues comme quelque chose d’ab­so­lu. La clas­si­fi­ca­tion divi­sait la popu­la­tion du Congo en blocs qu’on pou­vait dis­tin­guer clai­re­ment, cha­cun avec son iden­ti­té, ses mœurs et ses cou­tumes. […] La boite de Pan­dore de l’es­prit du tri­ba­lisme était ouverte » (p. 125 – 126). Para­doxa­le­ment, dans le même mou­ve­ment, des popu­la­tions d’o­ri­gines diverses étaient agglo­mé­rées par la pro­lé­ta­ri­sa­tion et les cou­rants migra­toires, et homo­gé­néi­sées par la stan­dar­di­sa­tion admi­nis­tra­tive, l’en­sei­gne­ment et l’évangélisation.

Les décen­nies qui sui­virent virent-elles s’é­cou­ler « un fleuve long et large, de plus en plus fort ? Non, bien plu­tôt une rivière faite d’en­tre­lacs, avec des lits secon­daires, des accé­lé­ra­tions de cou­rant et de tour­billons » (p. 118). L’au­teur suit minu­tieu­se­ment, mais sans jamais las­ser, ce cours des situa­tions, des actions, des rela­tions et des passions.

Lits secon­daires : « La pau­pé­ri­sa­tion des cam­pagnes ne naquit pas au Congo après l’in­dé­pen­dance, mais déjà au milieu de la période colo­niale » (p. 223).

Accé­lé­ra­tions : Sou­lè­ve­ments reli­gieux, comme autour de Simon Kiban­gu dont la figure est évo­quée dans un texte ful­gu­rant ; révoltes eth­niques avec les Pende ; pro­tes­ta­tion sociale à grande échelle à Eli­sa­be­th­ville, à par­tir d’une exi­gence sala­riale trans­pa­rente et très com­pré­hen­sible. Chaque fois, les auto­ri­tés colo­niales réagirent de façon répres­sive (p. 208). « La fièvre d’in­dé­pen­dance qui se mani­fes­ta à par­tir de 1955 n’é­tait en aucun cas nou­velle, mais avait une très longue pré­his­toire » (p. 156).

Tour­billons : Les deux guerres. 14 – 18. « Aucun indi­gène ne savait pour­quoi un coup de feu à Sara­je­vo devait faire des vic­times dans la savane […]» (p. 144). Pour­tant celle-ci paya le prix fort, même si la guerre ne fut pas la cause de la misère qui sévis­sait pen­dant ces années. En outre, 260000 por­teurs, sur une popu­la­tion de 3 mil­lions d’ha­bi­tants, furent mobi­li­sés, dont beau­coup mou­rurent et 2000 mili­taires per­dirent la vie (p. 147). 40 – 45, avec la prise de Saio en Éthio­pie. « La plus grande vic­toire belge contre le fas­cisme et même le plus grand triomphe mili­taire jamais rem­por­té par les Belges, mais le plus lourd tri­but fut payé par les Congo­lais » (p. 201). On s’en sou­vient là-bas. Ici, le sait-on seulement ?

Le lec­teur fait aus­si connais­sance avec des per­son­na­li­tés lucides et cou­ra­geuses : Paul Pan­da, Pierre et André Ryck­mans, le Père Pla­cide Tem­pels, Vla­di­mir Dra­chous­sof (p. 211), un ingé­nieur agro­nome dont Van Rey­brouck cite lon­gue­ment des ana­lyses aus­si remar­quables que méconnues.

Le récit de la période de l’in­dé­pen­dance (1955 – 1965. Chap. 6 – 8) gra­vite autour de ce para­doxe : « La déco­lo­ni­sa­tion com­men­ça beau­coup trop tard, l’in­dé­pen­dance vint beau­coup trop tôt. L’é­man­ci­pa­tion accé­lé­rée du Congo fut une tra­gé­die dégui­sée en comé­die, laquelle ne pou­vait que se ter­mi­ner de façon funeste » (p. 283). Cette mau­vaise pièce, Van Rey­brouck en retrace la pré­pa­ra­tion, en relate l’ac­tion, en pro­file les acteurs (sans omettre les souf­fleurs et les sup­por­teurs). Il éva­lue sans com­plai­sance, notam­ment le rôle de la Bel­gique, mais sans jamais ver­ser dans le sim­plisme. « La res­pon­sa­bi­li­té ? Per­sonne en par­ti­cu­lier. Ou, mieux : cha­cun. La déco­lo­ni­sa­tion à toute vitesse ne fut pas l’œuvre d’une figure ou d’un mou­ve­ment déter­mi­nés, mais une inter­ac­tion extrê­me­ment com­plexe entre les dif­fé­rents acteurs » (p. 244).

Après l’as­sas­si­nat de Lumum­ba, la tra­gi­co­mé­die se solde par un com­bat de chefs — Kasa­vu­bu, Tshombe, Mobu­tu — dont résulte la longue période du régime mobu­tiste (1965 – 1997, Chap. 9 – 11). La nar­ra­tion aurait pu en être cari­ca­tu­rale. Or, l’é­vo­lu­tion de Mobu­tu est fine­ment inter­pré­tée sur la base du vécu des contem­po­rains et en rela­tion avec les dif­fé­rentes dimen­sions du contexte. Même s’il n’a­vait rien d’un démo­crate, le Maré­chal a d’a­bord sem­blé accom­plir « les pro­messes que l’in­dé­pen­dance avait sus­ci­tées sans pou­voir les exé­cu­ter » (p. 364). Et à ce moment, le peuple a com­men­cé à se sen­tir par­tie pre­nante d’un grand ensemble (p. 374). Le regard se tourne vers les expres­sions popu­laires — rum­ba, éco­no­mie infor­melle, muta­tions dans le rôle des femmes, grandes mani­fes­ta­tions… — issues de la rési­gna­tion, de la mani­pu­la­tion ou de la pro­tes­ta­tion, mais aus­si de la créa­tion embryon­naire d’une moder­ni­té afri­caine. L’au­teur fouille en quête de l’é­mer­gence d’une véri­table citoyen­ne­té. La limite, y com­pris dans les consciences, est indi­quée par une mili­tante : « Nous vou­lions déra­ci­ner la dic­ta­ture, oui, mais tu ne peux abattre ain­si un bao­bab, car il tombe sur toi. Tu dois tran­cher les racines une par une, et alors le ren­ver­ser en se met­tant à dis­tance » (p. 430).

Le bao­bab sera quand même abat­tu. En réponse à l’af­flux des réfu­giés Hutus dans l’Est, le « minus­cule Rwan­da » allait mettre à genoux le Zaïre, le géant de l’A­frique cen­trale (p. 443), en appor­tant Laurent Dési­ré Kabi­la dans ses valises. La tranche d’his­toire qui s’ouvre ain­si, ce que Filip Reynt­jens a appe­lé la période de la Grande Guerre afri­caine à aujourd’­hui (1997 – 2010, Chap. 11 – 14), est res­tée « impé­né­trable et incom­pré­hen­sible » pour l’o­pi­nion publique occi­den­tale : le Rwan­da béné­fi­ciant d’un « cré­dit géno­cide », celle-ci ne trou­vait pas de « bon par­ti » dans le foi­son­ne­ment des bel­li­gé­rants (p. 464). L’au­teur dis­tingue les étapes et iden­ti­fie ces par­tis, avec clar­té, mais sans didac­tisme tant il est à l’é­coute des acteurs — avec le récit de vie d’un enfant sol­dat, des témoi­gnages de femmes et même une inter­view de Laurent Nkun­da-dans un style pétri d’é­mo­tion devant la souf­france et l’hé­roïsme quo­ti­dien des gens et la dévas­ta­tion du milieu. Pour­quoi une telle cruau­té et l’im­pos­si­bi­li­té d’en finir ? « Toutes les guerres sont sales, mais quand le motif poli­tique doit s’ef­fa­cer devant les rai­sons éco­no­miques, tous les bar­rages sont sub­mer­gés » (p. 473). Nous allons y revenir.

Et pendant ce temps-là

Cette his­toire, dont la nar­ra­tion se pro­longe jusque bien après les élec­tions, est tra­ver­sée par des fils que je vais main­te­nant ten­ter de déga­ger sous des titres qui ne sont pas de l’au­teur, mais tendent à rendre la réso­nance de sa démarche chez le lec­teur que je suis, confron­té à la ten­ta­tion d’ac­cu­mu­ler les cita­tions tra­duites, bien pré­sente tant la langue est belle, mais super­flue puisque le livre est muni d’un registre des noms et des thèmes très bien élaboré.

Dans les interstices, la vie

Oui, il faut com­men­cer par là. À défaut de pou­voir rendre le dyna­misme de la vie, un expo­sé comme celui-ci doit au moins com­men­cer par indi­quer l’éner­gie omni­pré­sente des gens qui rebon­dit entre le bruit et la fureur, ce souffle d’êtres mul­tiples qui ins­pirent le texte de Van Reybrouck.

Vie dans toutes ses dimen­sions : géné­ra­tions qui se suc­cèdent sans for­cé­ment se res­sem­bler ; femmes et hommes dont les rôles se modi­fient ; Noirs et Blancs dont les regards réci­proques évo­luent ; lutte pour la sur­vie à tra­vers des pra­tiques éco­no­miques inédites ; musique (dont l’au­teur suit les formes suc­ces­sives avec com­pé­tence) et danse ; sport et prière.

Vie rési­liente et recréée au fil des dif­fé­rentes périodes. Mais aus­si vie mani­pu­lée, cor­rom­pue, vio­len­tée, massacrée.

Veines ouvertes en Afrique Centrale

Eduar­do Galea­no avait inti­tu­lé ain­si un ouvrage célèbre4 consa­cré à l’his­toire de l’A­mé­rique latine. Appli­qué ici, ce titre veut mon­trer l’in­sis­tance de Van Rey­brouck sur la situa­tion géo­po­li­tique tout à fait par­ti­cu­lière d’un État au ter­ri­toire grand comme l’Eu­rope de l’Ouest « qui n’é­tait nul­le­ment pré­des­ti­né à deve­nir un seul pays » (p. 50 – 51). On a vu com­ment, avec le com­merce des esclaves, le vide poli­tique à l’in­té­rieur don­na ses chances éco­no­miques à l’é­tran­ger (p. 45). À la fin, de far west où se jouait le com­bat entre les Hutus et les Tut­sis, le Congo « devint un pays self-ser­vice. La ruée sur l’A­frique était main­te­nant orga­ni­sée par les Afri­cains eux-mêmes » (p. 480).

Joyaux… d’une couronne sans tête

Mais la situa­tion géo­po­li­tique n’est pas un des­tin natu­rel. Pour chaque période, l’au­teur montre, avec un grand talent de vul­ga­ri­sa­tion éco­no­mique, com­ment l’his­toire du Congo épouse étroi­te­ment le cours de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste, avec des formes suc­ces­sives d’é­vi­de­ment de la tête poli­tique — léo­pol­dienne, colo­niale belge, post­co­lo­niale congo­laise — par la main invi­sible du mar­ché qui pro­dui­sit une crois­sance sans pros­pé­ri­té : « En géné­ral, aucune miette des pro­fits fabu­leux enre­gis­trés au cours de l’his­toire du Congo ne fut des­ti­née au gros de la popu­la­tion » (p. 133). « Down under, cela signi­fiait une jolie source de reve­nus pour l’É­tat, mais au Congo c’é­tait plu­tôt une malé­dic­tion qu’une béné­dic­tion. Un État faible avec un sous-sol immen­sé­ment riche, c’est un pro­blème » (p. 481).

« Déjà lors de la confé­rence de Ber­lin, en 1885, il fut déci­dé que le Congo devait res­ter ouvert en vue du libre-échange à l’é­che­lon inter­na­tio­nal. Main­te­nant encore, on assiste à une com­pé­ti­tion entre mar­ché et État, même plus qu’a­lors. À l’é­poque, il s’a­gis­sait seule­ment d’ac­ca­pa­rer des matières pre­mières, à l’heure actuelle il s’a­git aus­si de vendre des pro­duits, car c’est seule­ment dans un pays très pauvre qu’on peut tirer des gains impor­tants du com­merce de petites mar­chan­dises telles que des réveils, des bou­teilles de bois­son fraiche ou des sachets de lait en poudre. En vue de gagner tous ces déshé­ri­tés, les entre­prises étran­gères colo­nisent l’es­pace ouvert du pays dévas­té avec une bru­ta­li­té qui est à peine dis­si­mu­lée par le sou­rire rayon­nant du mar­ke­ting léché » (p. 507).

Après la guerre, on a assis­té à une mili­ta­ri­sa­tion de l’é­co­no­mie de pair avec une com­mer­cia­li­sa­tion de la vio­lence à laquelle une mul­ti­pli­ci­té d’ac­teurs, natio­naux et étran­gers, firmes et États, mais aus­si des frac­tions de la popu­la­tion, ont trou­vé inté­rêt à tous les éche­lons. « Dans une éco­no­mie glo­ba­li­sée, les États étaient seule­ment les chai­nons de réseaux com­mer­ciaux com­plexes, inter­na­tio­naux et en muta­tion constante » (p. 481). En met­tant les doigts dans ce nœud, Van Rey­brouck énonce cru­ment une véri­té déran­geante : « Si, poli­ti­que­ment par­lant, le Congo est un désastre, il est un para­dis éco­no­mique — du moins pour cer­tains. Les fai­led nations states sont les his­toires à suc­cès d’un néo­li­bé­ra­lisme mon­dial débri­dé » (p. 481).

Coups d’éclat — lâcher tout

Pas d’his­toire poli­tique qui se pro­jette vers un futur, même si la logique est impla­cable : une suc­ces­sion de coups d’é­clat bien ou mal ins­pi­rés-inten­tion­nés, mais de toute façon carac­té­ri­sés par l’ab­sence de sui­vi volon­ta­riste et réa­liste au ser­vice de la population.

Coups : de poker (Léo­pold ii…), de chance (décou­verte inat­ten­due de la richesse du sous-sol), de colère (rébel­lions sans orga­ni­sa­tion), de force (com­bats de chefs), d’É­tat (Mobu­tu, Kabi­la), de blues (trois ans d’a­ter­moie­ment de Léo­pold face aux hor­reurs de l’É­tat indé­pen­dant, consul­ta­tion popu­laire orga­ni­sée par Mobu­tu face à la faillite de son règne, mais lais­sée sans suite), de baguette magique (l’in­dé­pen­dance rapide et l’or­ga­ni­sa­tion d’une tran­si­tion démocratique).

Ces deux der­niers « coups », Van Rey­brouck y voit l’empreinte d’un « fon­da­men­ta­lisme élec­to­ral » (p. 538): «[…] on a accor­dé peu d’at­ten­tion aux étapes indis­pen­sables d’une gou­ver­nance démo­cra­tique et aux délais néces­saires pour les fran­chir » (p. 538). Néan­moins, il ne cède jamais au « il n’y avait qu’à ». Il cherche à com­prendre et pré­sente une éva­lua­tion nuancée.

Massification-domination

La mas­si­fi­ca­tion est à la fois un mixte de divi­sion et de fusion des groupes humains sous une pres­sion exté­rieure. Ici, l’emprise du pou­voir auto­cra­tique. « À l’é­poque colo­niale, l’al­liance majeure entre l’É­glise, l’É­tat et le Capi­tal — la fameuse tri­ni­té colo­niale — avait veillé à ce que la popu­la­tion reste appri­voi­sée et docile. » À la veille des élec­tions de 2006, « il se pas­sa quelque chose de sem­blable. L’É­tat était vrai­sem­bla­ble­ment bien plus faible, mais flir­tait volon­tiers avec les autres piliers ». La « tri­ni­té post­co­lo­niale » se com­po­sait d’une classe de poli­ti­ciens rivaux, mais éga­le­ment cor­rom­pus, alliés à des sectes évan­gé­listes à la mode et à des musi­ciens pop éri­gés en étoiles par les grands indus­triels de la bière. Tous en com­pé­ti­tion pour grap­piller les suf­frages, les cœurs et les maigres reve­nus d’une popu­la­tion qui « com­por­tait davan­tage de consom­ma­teurs et de bigots que de citoyens éveillés » (p. 519). L’ar­gu­ment eth­nique, objec­ti­vé dès la colo­ni­sa­tion et éle­vé au niveau de l’É­tat depuis Mobu­tu (p. 374), était aus­si bien pré­sent : les cha­len­geurs riva­li­saient à qui était le meilleur Congo­lais. Cet argu­ment avait d’ailleurs déjà for­te­ment joué au moment de l’in­dé­pen­dance. « C’est peu connu, mais la riva­li­té eth­nique dans les grandes villes joua un rôle aus­si grand que le refus de l’au­to­ri­té étran­gère, quoi qu’il en soit du carac­tère arti­fi­ciel de ces “lignées” (p. 248).»

Entre le pou­voir et l’en­semble du peuple, il y a l’é­lite. Sa posi­tion est abor­dée sans mora­li­sa­tion sim­pli­fi­ca­trice. «“Il ne faut pas oublier que nos diri­geants sont des enfants de pauvres.” Alors qu’en Occi­dent la cor­rup­tion est consi­dé­rée comme un com­por­te­ment irres­pon­sable, elle est éva­luée au Congo comme un com­por­te­ment très res­pon­sable : qui laisse de côté une chance en or de nour­rir sa famille se rend aus­si­tôt irres­pon­sable (p. 493).» Quant à l’eth­ni­ci­sa­tion, Van Rey­brouck insiste sur une remarque : au moment de l’in­dé­pen­dance, « en dépit de son envi­ron­ne­ment urbain, de sa jeu­nesse et de son style de vie moderne, cette géné­ra­tion poli­tique nou­velle venue gar­dait un lien avec ce qui sem­blait venir de jadis et d’ailleurs : le sen­ti­ment tri­bal. […] La rhé­to­rique tri­bale per­met­tait à des jeunes membres de l’é­lite de se pro­fi­ler comme porte-paroles de leur com­mu­nau­té (p. 268)». À la fin du compte, pen­dant la guerre, la tri­ba­li­sa­tion est deve­nue « le revers de la mon­dia­li­sa­tion, le pillage inter­na­tio­nal des matières pre­mières alla de pair avec la revi­vis­cence de vieux rites et l’a­vè­ne­ment de nou­veaux (p. 483)».

Et le peuple ? Il a connu domes­ti­ca­tion auto­ri­taire et misé­ri­cor­dieuse, dic­ta­ture, vio­lence, séduc­tion. À la fin du règne de Mobu­tu, il a aus­si vu toute une couche inter­mé­diaire d’or­ga­ni­sa­tions sociales, dénom­mée socié­té civile, s’in­ter­po­ser entre le pou­voir et la masse. Mais « exac­te­ment comme à la fin des années cin­quante, on assis­ta à une explo­sion de par­tis poli­tiques (p. 421)». Le peuple s’est rebel­lé et a voté à diverses reprises. Mais fina­le­ment, quand lui a‑t-on vrai­ment deman­dé ce qu’il vou­lait ? Van Rey­brouck fait cette réflexion éton­nante à pro­pos d’un sou­lè­ve­ment majeur à la veille de l’in­dé­pen­dance : « Élite et masse se sont fina­le­ment trou­vées. […]. C’é­tait le 4janvier 1959, et cela ne s’ac­com­pli­rait plus (p. 266).»

« Neem maar, eet maar »

On se rap­pelle le geste cha­leu­reux d’É­tienne Nka­si. Le livre est dédi­ca­cé en fran­çais à ce très ancien, et à un nou­veau-né, David, fils de Lau­ra et de son mari Ruf­fin Luli­ba, un enfant-sol­dat démo­bi­li­sé. Au cours de son iti­né­raire dans l’es­pace et dans le temps, Van Rey­brouck a fra­ter­ni­sé avec beau­coup d’êtres humains remar­quables, notam­ment par­mi « une géné­ra­tion jeune, consciente d’elle-même, déli­vrée des com­plexes d’in­fé­rio­ri­té colo­niaux ou post­co­lo­niaux (p. 537)».

Il ne s’é­tend pas à ce sujet, il les met plu­tôt en scène et leur donne la parole. Régine Muti­ji­ma, l’ab­bé José Mpun­du, Alesh et tant d’autres citoyens enga­gés pour l’a­ve­nir de leur pays, qu’il signale scru­pu­leu­se­ment dans le registre des noms. « Il est des infor­ma­teurs qui ont fait beau­coup mais ont peu à racon­ter et il en est aus­si qui ont peu à racon­ter mais parlent beau­coup. » Il en est aus­si qui ont tout fait en inter­ac­tion avec d’autres et sont des nar­ra­teurs brillants (p. 237).

* * * * *

Sur quoi prononcer le mot « fin » ?

Une dis­ser­ta­tion savante ? Thèse : La paix, la sécu­ri­té doivent venir avant des élec­tions à l’é­chelle de la nation, de même que « des scru­tins locaux peuvent sti­mu­ler la for­ma­tion d’une culture de res­pon­sa­bi­li­té poli­tique à la base (p. 538)». Hypo­thèse auxi­liaire : « La bonne direc­tion se prend après trois ou quatre tours dans l’i­so­loir. […] Il est nor­mal, dans un pre­mier temps, qu’un pays regimbe encore (p. 539)»

Cepen­dant, David Van Rey­brouck est arri­vé au point où l’es­sen­tiel n’est pas de l’ordre de l’é­ru­di­tion : « Je n’ai pas de vue d’en­semble. Per­sonne n’a de vue d’en­semble. Je sais seule­ment que je com­mu­nique plus volon­tiers avec des gens ordi­naires qu’a­vec des diri­geants, que j’ap­prends plus à par­tir des anec­dotes que de la rhé­to­rique (p. 548)»

  1. Édi­tions De Bezige Bij, Amster­dam, 2010.
  2. Can­ton, l’«usine du monde » par laquelle tran­site une impor­tante dia­spo­ra congolaise.
  3. AKO, 2010.
  4. E.Galeano, Les veines ouvertes de l’A­mé­rique latine, Plon, 1981.

Paul Géradin


Auteur

Professeur émérite en sciences sociales de l'ICHEC