80 ans d’idées en mouvement
Comment fêter dignement les quatre-vingts ans de La Revue nouvelle ? En l’ouvrant par un éditorial sur la transmission – « un effort sans cesse renouvelé ». En célébrant à la fois sa mémoire et son avenir. En rappelant l’histoire de ce périple intellectuel qu’a constitué sa création au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En donnant la parole […]
Comment fêter dignement les quatre-vingts ans de La Revue nouvelle ? En l’ouvrant par un éditorial sur la transmission – « un effort sans cesse renouvelé ». En célébrant à la fois sa mémoire et son avenir. En rappelant l’histoire de ce périple intellectuel qu’a constitué sa création au sortir de la Seconde Guerre mondiale. En donnant la parole à deux enfants sur le monde d’aujourd’hui. En rendant hommage à une aventure à la fois intellectuelle, scientifique, sociétale et amicale. Et surtout, en vous offrant un numéro hors norme, composé de contributions diverses émanant de la société civile – journalistes, responsables politiques, psychologues, enseignant·es. Toutes et tous ont accepté d’écrire de manière simple, pédagogique et informée sur des thématiques que La Revue nouvelle aborde depuis sa fondation. Leurs textes sont ancrés dans leurs vécus, leurs pratiques professionnelles et leurs engagements. Nous espérons que ce numéro fera date, comme un outil à destination des parents, enseignant·es, éducateur·ices, formateur·ices, transmetteur·ices de savoirs… pour approcher des sujets complexes avec leurs différents publics.
Le point de départ de ce numéro a été d’abord pensé en amont, en demandant à deux figures marquantes de La Revue, Michel Molitor et Luc Van Campenhoudt, de nous narrer, en dialogue, le récit d’un parcours éditorial, politique et amical. Ils ont échangé sur l’histoire même de La Revue, pensée comme une sédimentation de regards à partir d’une perspective critique et chrétienne jusqu’à des points de vue situés sur les questions des études de genre et de la (dé)colonisation. Ces deux sociologues ont discuté à bâtons rompus de ce qu’implique la création d’un média d’idées : un espace à la fois exigeant et accessible. Entre anecdotes et réflexions sociopolitiques, voire philosophiques, ils nous font entrer dans les coulisses de l’histoire intellectuelle de La Revue, avec toujours cette exigence de qualité… et beaucoup d’amitié. Comme un avant-gout, nous publions ici la première partie de leur conversation dans la rubrique Livre rebaptisée pour l’occasion. La suite sera disponible sur le site de La Revue.
Le point d’arrivée, en miroir, a été une volonté de donner la parole à celleux qui sont la relève : dans un Italique un peu spécial (à évènement particulier, édition particulière), Calliopée (9 ans) et Mathias (10 ans) ont livré leurs pensées, leurs peurs et leurs espoirs à propos du climat, de l’école, de la démocratie et de la guerre. Ces enfants qui ont envie de construire le monde de demain sont à la fois touchants et perspicaces : à propos de la guerre, l’une dit « Ils n’ont qu’à discuter plus longtemps » ; sur la démocratie, l’autre ajoute « c’est de former d’autres liens avec d’autres personnes ». Leur message est limpide : « Il faut parler, il faut se démarquer ! » Une intelligence à hauteur d’enfants, qui nous rappelle la puissance du dialogue et la nécessité d’une parole libre.
À côté de ces deux espaces de paroles, les contributions s’enchainent selon un ordre « sédimenté » – pour reprendre la belle métaphore de nos deux piliers lors de l’interview. Ce fil retrace les grandes thématiques que La Revue nouvelle explore depuis huit décennies : la liberté de la presse, la justice pénale, le climat, l’éducation, la décolonisation, la santé mentale et les questions de genre.
Le dossier s’ouvre sur des inquiétudes partagées concernant la presse et ses formes contemporaines : sa liberté, ses acteurs de l’information que sont les journalistes et leur rôle au service du public et de la démocratie. Ricardo Gutiérrez y rappelle, citant le journaliste britannique George Monbiot, qu’« on ne peut pas dire la vérité au pouvoir si celui-ci contrôle nos paroles ».
Viennent ensuite quatre articles poursuivant des réflexions menées depuis des années par la Revue. Christophe Mincke pose cash la question : « Pourquoi la prison pose-t-elle problème ? » afin d’interroger l’évidence de l’incarcération et des mécanismes qui sous-tendent la situation problématique que vit la Belgique. Car oui, « Il faut rêver à une société plus juste, à des peines moins violentes, plus rares, moins cruelles – à un monde dans lequel nous aurions moins hâte de punir notre prochain que de lui venir en aide » écrit-il.
Patrick Dupriez, de son côté, dresse un état des lieux lucide du changement climatique et esquisse un programme d’action : « Pour y parvenir, nous aurons besoin de justice, de solidarité et d’imagination afin d’organiser des sociétés où l’on vit en bonne santé et l’on savoure la vie plutôt que de consommer sans cesse et accumuler de l’argent. »
Sous le titre résolument surréaliste : « Maman, à Saint-Nicolas, je veux un playmobulle ! », Lionel Dohet-Eraly déploie une réflexion originale sur l’école et ses rôles, en la modélisant à partir d’une boite de Playmobil. Derrière l’humour, outre le rappel que le jeu est un des fondements de la pédagogie, il signe un plaidoyer pour une école libre, publique et inclusive. De quoi donner envie de rejouer aux Playmobil pour imaginer l’école de demain !
À partir des débats et des polémiques autour de la décolonisation – faut-il faire tomber les statues ? – Emmanuel Klimis propose des clés pour sortir d’une vision eurocentrée du monde et invite chacun·e à « décoloniser sa pensée ». Quel beau programme que celui d’exercer sur soi la pensée (auto)critique !
Après la crise du Covid-19, la santé mentale est devenue une priorité majeure tant sur le plan sociétal que politique, notamment pour les jeunes. Sophie Tortolano et Yahyâ Hachem Samii redéfinissent la santé mentale comme une capacité dynamique : « à vivre mais également à souffrir ». Iels plaident pour des solutions collectives, solidaires, et concluent par un éloge de nos vulnérabilités, comprises comme une résistance aux sociétés déshumanisées.
Enfin, Victoire Ernotte clôt ce numéro avec une contribution sur le genre, et les questions l’entourant qui enflamment les débats sociaux, aux prismes des peurs, des attitudes réactionnaires, voire de violence et de haine. À partir de son expérience d’institutrice, elle montre par l’exemple comment construire une démarche éducative à partir des petites phrases « anodines » pour tisser le fil rouge d’une pédagogie active et émancipatrice, ancrée et ludique. En disant qu’« être institutrice, c’est incarner quelque chose », elle affirme la dignité d’un métier trop souvent malmené.
Ainsi se compose ce dossier spécial : une traversée de huit décennies de réflexions et d’engagements. Fidèle à sa vocation, La Revue nouvelle continue de faire dialoguer savoirs et pratiques, pensée critique et humanité. Ce quatre-vingtième anniversaire n’est pas une commémoration figée. Transmettre, ici, c’est inviter au dialogue, à la nuance, à la responsabilité intellectuelle. C’est continuer à croire que la pensée critique, collective et cordiale, demeure un acte de résistance.
PS : N’oubliez pas de répondre au quiz (en lieu et place du billet d’humeur) mi-sérieux, mi-humoristique afin de savoir quel lecteur, quelle lectrice de La Revue nouvelle vous êtes !
Merci également à Aline Andrianne et à July Robert pour leurs aides.
